Bruxelles a reconnu que la France n'avait pas utilisé tout son quota de pêche au thon rouge et qu'elle disposait encore de 171 tonnes...
Un compromis a donc été trouvé cette année : ces 171 tonnes seront finalement allouées à la pêche côtière et artisanale en Méditerranée, a annoncé le ministère de l'Agriculture et de la Pêche.
Autant dire que le report de l'intégralité de ce quota français restant au bénéfice de la pêche côtière et artisanale en Méditerranée contrarie les pêcheurs industriels.
Une fermeture anticipée décidée par Bruxelles
Mercredi (9 juin), la Commission européenne avait fermé la pêche industrielle pratiquée par les thoniers senneurs en Méditerranée, six jours avant la fin officielle de la campagne 2010.
La Commission avait invoqué l'épuisement des quotas. La pêche artisanale et côtière restait autorisée jusqu'à la fin de l'année.
Les pêcheurs français estimaient que ces quotas n'avaient pas été atteints et le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire avait demandé à Bruxelles de lui fournir des preuves.
"Ces 171 tonnes, c'est le quota non consommé par les senneurs : on avait calculé 166 tonnes (sur 1.699 tonnes). La Commission avoue que la pêcherie a été fermée alors que le quota n'était pas atteint. (...). Au final, le poisson ne sera pas pêché par les senneurs mais par d'autres" regrette Bertrand Wendling de la Sathoan, organisation de thoniers-senneurs basée à Sète (Hérault). Sa décision est "inacceptable car la perte pour nos armements est importante".
Le malheur des uns fait le bonheur des autres...
C'est en effet la pêche artisanale qui hérite du reste de ce quota, en plus des droits qui lui sont normalement alloués pour cette espèce jugée menacée par les scientifiques et les écologistes.
Bruxelles ne voit pas d'objection à ce transfert, "l'essentiel étant que les méthodes (de pêche) utilisées soient des méthodes durables" a expliqué le porte-parole de la Commission en charge de la pêche, Oliver Drewes.
Autoriser les senneurs à pêcher ce reliquat aurait représenté un risque de dépassement du quota, compte tenu des quantités de poisson qu'ils sont en mesure de prendre en une seule fois, fait-on valoir à la Commission. Une décision qui n'est pas du tout du goût des senneurs. De son côté, Pierre-Georges Dachicourt, président du comité national des pêches, "regrette vivement" que la Commission n'ait pas rouvert la pêche aux senneurs.
Une espèce en voie de disparition
Les thons rouges peuvent être capturés à la senne, de grandes nasses permettant de les prendre vivants pour les transférer vers des "fermes" et les engraisser en haute mer, ou à la palangre (des lignes d'hameçons) et à la canne notamment.
Ces dernières années, les quotas de capture de thon rouge, très prisé à l'exportation sur le marché japonais, ont été nettement réduits.
Pour Greenpeace... c'est un message
La Commission européenne a adressé "un message aux thoniers-senneurs, la flotte industrielle de pêche au thon rouge de Méditerranée, en allouant les 171 tonnes de quotas restants aux artisans. Cependant, "cette décision n'est pas à la hauteur des enjeux : les quotas restent trop élevés et supérieurs à une gestion durable de la ressource" a déclaré François Chartier, chargé des Pêches à Greenpeace.
Incident entre Greenpeace et l'armée maltaise
Des militants de Greenpeace, qui voulaient libérer des thons capturés, ont eu maille à partir avec l'armée maltaise dimanche (13 juin).
Ses militants "ont rencontré beaucoup de résistance", y compris le lancement de fusées depuis un thonier et l'usage de canons à eau de la part de "la marine maltaise" selon l'organisation non gouvernementale.
Attaque agressive de Greenpeace selon l'armée
Un porte-parole de l'armée maltaise a indiqué que l'armée était intervenue à la demande d'un pêcheur pour empêcher Greenpeace d'endommager une cage transportée par un navire local vers une ferme d'engraissement. Pour le gouvernement maltais, les militants écologistes "ont agressivement attaqué des activités légales menées par des aquaculteurs maltais". "Les thons avaient été pêchés légalement et faisaient partie des quotas" autorisés.
Greenpeace veut suspendre la pêche aux thons rouges
L'ONG milite pour une suspension de la pêche au thon rouge en Méditerranée en raison de l'effondrement des stocks. "Libérer les thons rouges est la seule chose responsable à faire, pour l'avenir de l'espèce et de nos océans" a affirmé Oliver Knowles, un militant présent sur le Rainbow Warrior. L'Union européenne a imposé des quotas de pêche par pays et réduit la saison à un mois, contre deux en 2009.