La mention "huile végétale" est trop souvent utilisée par les industries agroalimentaires pour "masquer" l'utilisation d'huile de palme, a dénoncé le nutritionniste Jean-Michel Cohen.
Les foyers français sont ainsi trompés sur "la marchandise". En apposant cette mention «huile végétale» à la place d'«huile de palme», il y a une volonté de tromper puisque la mention "huile végétale" est perçue positivement par le consommateur.
Le médecin présentait les résultats d'une étude menée en août avec Findus France, pour mesurer la consommation réelle d'huile de palme de dix foyers et surtout mesurer le décalage entre ce que ces foyers ont réellement consommé et ce qu'ils pensaient consommer.
Selon cette étude, un consommateur consomme en moyenne 57 grammes d'huile de palme par mois... soit près de 10 % des apports maximum en acide gras saturés (AGS).
Concernant les foyers adeptes du grignotage, des plats préparés et d'une l'alimentation peu équilibrée, la consommation peut monter à 312 g, soit 65 % des apports conseillés.
Et ce n'est pas fini car il faut ajouter les autres AGS venant par exemple de la viande et des produits laitiers. La consommation, qui varie de 0 à 190 g/mois, est plus basse chez les personnes attentives à ne pas grignoter.
Le saviez-vous ?
L'huile de palme est particulièrement utilisée dans les gâteaux sucrés et salés et les plats préparés. "Sans le savoir", chacun a consommé de 5 à 12 % des apports maximum en acide gras saturés, note le nutritionniste.
L'huile de palme : risquée à forte dose pour la santé
Ce lipide riche en acides gras saturés est mauvais pour la santé quand il est consommé en trop grande quantité. Ces quantités "ne vont pas faire mourir" les consommateurs, tempère-t-il, mais ils auront "une altération de santé suffisamment importante pour être soulignée". Il favorise la survenue de maladies cardio-vasculaires.
Quels sont les différents types d'acides gras existants ?
Il y a les acides gras insaturés. Ces acides se trouvent dans les produits d'origine végétale (graines, fruits, huiles de colza, de soja, de maïs, d'olive ou de tournesol) et dans les poissons gras. Il y a aussi les acides gras saturés. Il se trouve dans les produits d'origine animale et dans les huiles de coco ou de palme. En consommer trop favorise le dépôt de plaques de graisse sur les artères appelées athéromes, un des facteurs de risques de maladies cardio-vasculaires. Or l'huile de palme contient beaucoup d'acide palmitique (plus de 40 %).
L'huile de palme a de sérieux atouts
Solide à température ambiante, elle peut facilement remplacer le beurre dans les gâteaux, y compris pour donner du craquant aux biscuits. Son goût est neutre, elle se conserve facilement, ne rancit pas et est moins chère que le beurre et les autres huiles végétales.
"Le consommateur recherche des aliments forts en goût. Or le goût passe par le gras, puisque c'est lui qui transporte les molécules olfactives. Et le gras pas cher, c'est la palme" explique Nathalie Hutter-Lardeau directrice d'Atlantic Santé.
L'huile de palme à l'origine de la déforestation massive
Grâce aux campagnes de Greenpeace qui dénoncent la déforestation massive en Indonésie menée par les producteurs d'huile de palme, des géants comme Nestlé, Unilever ou Burger King ne se fournissent plus en huile de palme auprès de certains producteurs montrés du doigt par Greenpeace. Sans la retirer des recettes.
D'autres vont plus loin en abandonnant son utilisation
Findus France a progressivement supprimé toute utilisation d'huile de palme dans ses surgelés, que ce soit dans les poissons panés (2008), les pommes de terre (2009). Pour les plats cuisinés, la suppression sera effective "le 1er décembre", a assuré Matthieu Lambeaux, PDG de Findus France. Le distributeur Casino revoit actuellement toutes les recettes des produits vendus sous sa marque. 200 sur 570 devraient être sans huile de palme avant la fin de l'année.
A l'association des industries agroalimentaires, Cécile Rauzy, diététicienne, souligne toutefois qu'"aucune autre matière grasse végétale ne peut remplacer l'huile de palme sans modifier la recette". Tout du moins "pas au même prix, ni avec les mêmes délais de conservation".