Les scientifiques du Haut conseil des biotechnologies ont fait savoir que la culture de la pomme de terre Amflora, premier organisme génétiquement modifié (OGM) autorisé par la Commission européenne, ne présente pas de risque notable, mais n'a qu'une utilité économique "limitée".
Après cet avis rendu mercredi, la France a-t-elle arrêté sa position ?
"Le gouvernement se fondera sur (ces) analyses détaillées pour prendre toute décision relative à la pomme de terre Amflora", développée par une filiale du groupe allemand BASF.
"A ce stade, néanmoins, aucun opérateur ne souhaite développer cette culture en France" poursuit le texte des ministres Jean-Louis Borloo (Ecologie), Valérie Pécresse (Recherche), Bruno Le Maire (Agriculture) et Chantal Jouanno (secrétaire d'Etat à l'Ecologie).
La France avait indiqué en mars qu'elle attendait l'avis du Haut conseil des biotechnologies pour "arrêter sa position" sur la culture de cette pomme de terre, qui sera destinée à la production d'amidon pour l'industrie du papier.
Pas de risque pour l'environnement et la santé
D'après le comité scientifique du Haut conseil des biotechnologies, "les études de toxicologie entreprises n'ont pas identifié de risque majeur lié à la consommation du végétal". L'évaluation de l'impact sur la santé a été réalisée "en raison de l'utilisation possible de sous-produits dans l'alimentation animale, et fortuitement, dans l'alimentation humaine" précise-t-il. Ce comité a également estimé que la présence d'un "gène de résistance à des antibiotiques" dans la pomme de terre "ne constitue pas un risque singulier pour l'environnement et la santé". Enfin, il a souligné que les risques de dissémination de l'Amflora sont "limités" et donc, que sa culture "ne constituerait pas de risque particulier pour l'environnement".
Certains veulent son interdiction
Quant au Comité économique, éthique et social du Haut conseil des biotechnologies, il "diverge sur le sort à réserver, dans la décision politique, au gène marqueur de résistance aux antibiotiques". "Certains" préconisent "une précaution maximale" et donc l'interdiction d'Amflora, estimant que l'autorisation de cette pomme de terre "véhiculerait un message négatif au regard des efforts de prévention des résistances aux antibiotiques". Mais "d'autres invitent à prendre acte de l'absence de risque à laquelle concluent les scientifiques" indique le texte.
Y a-t-il un intérêt économique de la culture d'Amflora ?
Ce comité est d'accord pour établir que la pomme de terre "ne présente qu'une utilité limitée pour les acteurs des filières féculière et papetière française".
"Le Comité note certes que cette pomme de terre constitue une avancée technique pour la production industrielle de fécule (...), mais qu'à ce jour, ni la filière féculière ni l'industrie papetière, qui paraissent se satisfaire des amidons actuellement disponibles, n'envisagent d'utiliser Amflora" écrit-il.
Le HCB avait été saisi le 11 mars par le ministère de l'Agriculture sur l'Amflora dans la foulée de la triple autorisation de la Commission européenne sur Amflora : usage industriel (amidon pour la pâte à papier et engrais pour le jus), alimentation animale (la pulpe) et présence de résidus jusqu'à 0,9 % dans les produits pour l'alimentation humaine.
BASF avait indiqué que cette pomme de terre serait proposée aux "pays prêts à l'utiliser", comme l'Allemagne, la Suède, les Pays-Bas et la République Tchèque. L'Italie et l'Autriche avaient immédiatement annoncé leur intention d'interdire sa culture. Outre Amflora, seul le maïs transgénique MON 810 est actuellement cultivé dans l'Union européenne depuis 1998.