Voici quelques nouvelles de l'équipage du Jolokia qui participe à la course défi Intégration. Le bateau et l'équipage ont mis les voiles il y a deux semaines. Ils sont lessivés. Lisez plutôt
Ils font route sur Santo Antao
A l'heure où je vous écris ce mercredi soir, nous fêtons notre deuxième semaine en mer. Le moment est particulièrement heureux car nous faisons route droit sur Santo Antao. L'île la plus nord de l'Archipel du Cap Vert se dresse devant nous dans un rayon de soleil sous nos yeux stupéfaits de voir une terre émerger .. sans doute la dernière avant Maurice.
L'île culmine à près de 2000 mètres, elle a l'air superbe, ceux du bord qui la connaissent nous le confirment, bref certainement une escale rêvée après le tour de machine à laver que nous venons de connaître !
L'Odyssée se pimente
Tout a commencé lundi en fin de journée, alors que nous naviguions à 10 noeuds en route directe vers l'Equateur, le ciel s'est chargé d'un coup, une transition très nette : bleu derrière, noir devant ! L'Odyssée du Jolokia allait se pimenter de sa première dépression tropicale. Alors pour se faire lessiver, c'est très simple :
1- Vous décidez de couper dans la dépression car vous mijotez un coup fumant qui prévoit de l'utiliser pour arriver encore plus vite à l'Equateur ;
2- Vous prenez un équipage qui se nourrit essentiellement de plats lyophylisés (une spécificité sur laquelle je préfère ne pas m'étendre !),
3- Vous lancez le programme normal (inutile de mégoter, c'est offert par la maison), et c'est parti : détrempage, rinçage, essorage tout est prévu sur 48 heures, sauf le détergent ! Certains le prennent avec eux : Olivier s'est ainsi offert une douche digne des meilleures thalassos sous un grain qui a fini par faire percuter nos brassières à pastilles de sel !
Pour les autres, c'est l'option de base
Rinçage pendant le quart (eau douce et eau de mer, c'est l'alternance qui revigore), essorage pendant le repos : vous retirez les fringues trempées en rentrant dans le bateau, vous hésitez à enfiler votre dernier caleçon sec pour un semblant de nuit de 2 ou 3 heures, vous filez transpirant dans votre couchette déjà imprégnée d'humidité dans un bateau non aéré (eh oui, n'oubliez pas qu'il pleut et qu'il y a des vagues dans tous les sens dans une dépression, donc tout est fermé, ce qui n'empêche pas le bateau de prendre l'eau !), et vous cherchez le sommeil dans la moiteur étouffante propre au coeur de la machine à laver, jusqu'à recommencer un cycle 4 heures plus tard. Je passe sur les senteurs rares qui font ici office de Cajoline : moisissure, essence, légumes avariés...
Ce type de programme est particulièrement apprécié de ceux qui aiment la fraîcheur d'un matin au pied du Mont Blanc, de ceux qu'un moustique à 10 mètres perturbe dans leur sommeil, ou encore des estomacs délicats qui ne rêvent que de confit de canard sur les bords de Garonne ou de langoustes grillées à Maurice.
Les Dardus (le quart constitué d'Olivier et moi, Nico) sont évidemment les premiers concernés, qui n'ont pas démérité et assuré leurs quarts à heures fixes, non sans une pensée émue pour nos aïeux qui montaient et remontaient au front en 14-18 en dépit de l'absurdité de la situation. Voilà pour ceux qui croyaient qu'on se fait plaisir, ou mieux qui nous envient !
Epilogue
Contrairement aux prévisions initiales, la petite dépression tropicale s'est transformée en vrai cyclone, baptisé du doux nom de Lisa, que nous contournons actuellement par son flanc oriental. Après s'être patiemment creusée sur place, elle a décidé de voir du pays : elle rejoint ainsi son grand frère Igor et sa grande soeur Julia déjà envolés pour les Amériques la semaine dernière.
Le Jolokia continue sa route décidemment semée d'embûches vers le sud. L'équipage est lessivé, mais reste combatif comme jamais, et attend les calmes du pot au Noir pour lancer la vraie grande lessive, les douches sur le pont, et la ventilation du bateau. Ah les tropiques !..
Nico
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