Scientifiques, ONG de défense de l'
environnement et associations de malades lancent le Réseau
Environnement Santé (
RES). Le but de ce réseau ? Infléchir des décisions publiques qui ménagent encore trop souvent, selon ses créateurs, les intérêts industriels au détriment des populations.
Qui a rejoint le RES ?
Une douzaine d'ONG comme le WWF, le Mouvement pour le droit et le respect des générations futures (MDRGF), l'Alliance pour la planète, mais aussi la Coordination nationale Médecine
Santé Environnement et l'association des personnes atteintes du syndrome d'hypersensibilité chimique multiple sont déjà associées au
RES, et appellent les syndicats et les citoyens à les rejoindre.
« Ce qui fera bouger les choses, ce sera la pression de l'opinion publique: en rassemblant des scientifiques, des professionnels de santé, des ONG et des associations de malades, on a davantage de chances de se faire entendre des pouvoirs publics, y compris au niveau européen », estime André Cicolella, chimiste et chercheur en
santé environnementale, porte-parole du
RES.
Quel est le but ? Dans sa "lettre d'intention", le réseau «
se donne pour but de peser sur les politiques publiques mais aussi sur les producteurs de risques, lesquels restent encore très largement guidés par une politique de négation de leur responsabilité ».
Pour les promoteurs du
RES, «
il est urgent de changer de logique », et il serait lourd de conséquences d'attendre des preuves scientifiques pour agir à titre préventif.
Quelles cibles ? Le réseau vise en priorité :
- les produits chimiques agissant comme des perturbateurs endocriniens (qui perturbent le fonctionnement hormonal et la santé reproductive)
- les phtalates (qui assouplit les plastiques)
- le paraben (conservateur pour cosmétiques)
- Bisphénol A (antioxydant dans plastifiant et PVC) dans les biberons,
Tous ces produits chimiques et molécules sont omniprésents dans l'environnement moderne.
« Tous ces produits, qui imprègnent les populations dès le plus jeune âge et même dès la gestation, sont à rapprocher des épidémies mondiales de cancers, de problèmes de reproduction et de diabètes », insiste André Cicolella.
Comment agir ?
Le RES suggère l'organisation d'un "Grenelle", consacré aux questions d'environnement et de santé, pour définir une politique prenant en compte l'ensemble des secteurs (cosmétiques, médicaments, alimentation, mode de vie et de travail), à rapprocher des pathologies en expansion (cancers, diabètes, difficulté de reproduction, allergies, affections respiratoires, atteintes immunitaires).

Premier combat :
La première campagne du réseau porte sur le Bisphénol-A dans les plastiques alimentaires, que le Canada a d'ailleurs interdit l'an passé dans les biberons, sur la base d'études américaines montrant, même à faibles doses, des atteintes au cerveau, à la prostate, aux glandes mammaires, et des modifications de l'âge de la puberté chez les filles.
« Pourtant, après la décision canadienne, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a estimé que le Bisphénol-A ne présentait pas de danger », explique M. Cicolella. Les arguments avancés, selon lui, tiennent « davantage du lobbying que de la science: les intérêts industriels se font entendre et on met la santé publique au second plan ».
« S'agissant d'une population aussi fragile que les nouveaux-nés, c'est inadmissible », s'insurge-t-il. « D'autant qu'il n'y a aucun difficulté à remplacer les biberons en plastique par des biberons en verre ».