La sécurité alimentaire tient l'affiche à Rome, où se tient du 16 au 18 novembre le sommet de l'organisation des Nations unies pour l'Agriculture et l'Alimentation (FAO). Une soixantaine de chefs d'Etat et de gouvernement y participent.
Dans une déclaration finale adoptée dès la première matinée des travaux, les participants se sont engagés à "éradiquer la faim dans le monde", mais la date-butoir pour y parvenir, 2025, a été supprimée du projet initial. "Nous chefs d'Etat et de gouvernement (...) sommes rassemblés à Rome (...) pour prendre d'urgence des mesures en vue d'éradiquer la faim dans le monde".
Mais l'absence de calendrier et d'objectifs chiffrés pour permettre l'éradication totale de la faim dans le monde chagrinent le directeur général de la FAO, Jacques Diouf : "Je ne suis pas satisfait avec le fait qu'il n'y ait pas d'engagement quant à la date, au montant et aux conditions" des promesses d'aides.
Le chiffre : 44 milliards de dollars par an
Jacques Diouf a, de son côté, appelé les Etats à prendre des "engagements concrets" à Rome, chiffrant à 44 milliards de dollars par an les investissements nécessaires dans l'agriculture contre 8 milliards actuellement.
Ne pas être indifférent et résigné
Le pape Benoît XVI a déclaré lundi : "Il est nécessaire de contester (...) l'égoïsme qui permet à la spéculation de pénétrer même sur le marché des céréales, mettant la nourriture sur le même plan que toutes les autres marchandises".
Le pape craint que la faim fasse l'objet d'un découragement résigné, voire même de l'indifférence. "Il faut que mûrisse une conscience solidaire qui considère l'alimentation et l'accès à l'eau comme droits universels de tous les êtres humains, sans distinction ni discrimination (...) La faim est le signe le plus cruel et le plus concret de la pauvreté" a poursuivi Benoît XVI.
Le seuil du milliard d'affamés franchi
Ban Ki-moon a avoué : "Aujourd'hui, plus de 17.000 enfants vont mourir de faim. Un toutes les cinq secondes. Six millions par an. Ceci n'est pas acceptable. Nous devons agir".
En juin 2008, les pays membres de la FAO s'étaient engagés à réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim d'ici à 2015.
Depuis, ce chiffre est passé de 850 millions à 1,02 milliard. En juillet dernier, les membres du G8, réunis à l'Aquila, avaient promis 20 milliards de dollars sur trois ans contre la faim.
Quand sécurité alimentaire rime avec sécurité climatique
Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a affirmé lundi : "L'alimentation est un droit de base. La crise alimentaire d'aujourd'hui doit nous mettre en alerte pour demain. D'ici 2050 notre planète pourrait héberger 9,1 milliards de personnes (...) Il nous faut effectuer des changements significatifs pour pouvoir nous nourrir et en particulier pour protéger les plus pauvres et les plus vulnérables".
A trois semaines du sommet mondial sur le climat de Copenhague, il a affirmé aussi qu'"il ne peut y avoir de sécurité alimentaire sans sécurité climatique". Rappelons que la production agricole devra augmenter de 70 % pour nourrir plus de 9 milliards d'habitants d'ici 2050.

Un nouveau sommet qui restera sur sa faim ?
Mais les organisations d'aide au développement ActionAid et Oxfam ont dénoncé un sommet qui "risque d'être un gaspillage de temps et d'argent". Oxfam a dénoncé aussi la tendance de nombreux pays riches à "favoriser l'utilisation de fertilisants chimiques et de nouvelles technologies, notamment en Afrique", au lieu d'"encourager le développement durable et l'agro-écologie".
Dans un rapport intitulé "des pays qui vont à contre-courant", elle cite en particulier 16 pays dont l'Arménie, le Brésil, le Nigeria, le Vietnam, l'Algérie, le Malawi et la Turquie ayant réussi ou en bonne voie de diviser par deux la faim d'ici 2015. Qu'est-ce qui est à l'origine de ce succès ? La FAO cite un environnement favorable à la croissance, des investissements ciblés sur les populations rurales démunies et une planification à long terme.