Les centaines de tonnes d'uranium appauvri stockées en Sibérie, selon un documentaire diffusé mardi (13 octobre) sur Arte, ne sont pas considérées par la filière nucléaire comme des "déchets" mais comme des "matières" radioactives. Voici quelques explications
La notion de déchets recouvre les produits radioactifs promis à un stockage définitif, tandis que des "matières" irradiées restantes et sorties des réacteurs sont entreposées en attendant une nouvelle génération de centrales nucléaires.
Notons que 850 tonnes de combustible radioactif sortent tous les ans des réacteurs français. Le retraitement dans l'usine de La Hague produit 10 tonnes de plutonium, 40 tonnes de déchets hautement radioactifs à couler dans du verre en vue d'un stockage définitif, et 810 tonnes d'uranium de retraitement.
Le stock en France est de 21.000 tonnes d'uranium de retraitement, ainsi que 300.000 tonnes d'uranium appauvri issu du processus d'enrichissement initial de l'uranium naturel.
La loi ne considère pas l'uranium de retraitement, l'uranium appauvri et le plutonium comme des déchets mais ils font l'objet d'un entreposage pour une réutilisation à plus ou moins longue échéance. Une partie de l'uranium de retraitement est envoyée à l'étranger pour être réenrichie. Pourquoi ? Parce que la France ne dispose pas encore d'une usine de ce type. L'actuelle usine Georges Besse 1 enrichit seulement l'uranium naturel. En revanche, la future ouverture de l'usine d'enrichissement Georges Besse 2 au Tricastin (Drôme) en sera capable.
Comme le processus d'enrichissement initial, le réenrichissement produit 90 % d'uranium appauvri et 10 % de combustible. La Russie reçoit 120 tonnes d'uranium de retraitement par an, qui produisent 12 tonnes de combustible pour 2 réacteurs français.
Une partie du plutonium et de l'uranium appauvri sont utilisés pour fabriquer du MOX, un autre combustible qui alimente en partie 20 réacteurs sur les 58 que compte le parc nucléaire d'EDF en France. Le plutonium et l'uranium appauvri seront toujours nécessaires à partir de 2040 pour les réacteurs de quatrième génération à neutrons rapides, si la décision est prise de lancer cette filière.
"Au niveau mondial, nous ne savons pas si nous aurons assez de réacteurs pour consommer ces stocks d'uranium" a déclaré Bruno Cahen, directeur maîtrise des risques de l'Agence nationale pour la gestion des Déchets radioactifs. Tandis que l'exportation des déchets radioactifs est interdite, le commerce des matières pouvant servir de combustible est réglementé par l'Agence internationale de l'Energie atomique.