Concernant les matières radioactives produites en France puis stockées en Sibérie, la secrétaire d'Etat à l'Ecologie Chantal Jouanno a déclaré mardi : "J'ai souhaité qu'EDF fasse la transparence sur ce sujet parce que (le groupe français) a indiqué qu'il n'avait pas tous les éléments d'information et qu'il lui appartient donc de faire une enquête interne".
Ne pas prendre de décision hâtive
Chantal Jouanno "attend des informations et ne veut pas prendre de décision hâtive" ajoutent ses services. "Mais à partir du moment où il y a doute, il est normal que l'opinion puisse être informée" ajoutent-ils en rappelant cependant que la question du nucléaire relève du ministre Jean-Louis Borloo. Chantal Jouanno a également précisé que le Haut comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire a été saisi et qu'il devra "formuler des recommandations" sur ce dossier.
Des tonnes d'uranium expédiées en Sibérie depuis les années 1990
Selon Libération, qui s'appuie sur un documentaire réalisé et diffusé ce mardi par Arte, près de 13 % des matières radioactives actuellement produites en France sont stockés dans le complexe atomique de Tomsk-7, en Sibérie. Depuis le milieu des années 1990, ce sont 108 tonnes d'uranium appauvri qui arrivent chaque année de France pour être stockées sur un parking à ciel ouvert, affirme le quotidien. Ce documentaire s'intitule "Déchets : le cauchemar du nucléaire".
EDF se défend de transporter des déchets nucléaires en Sibérie
Lundi (12 octobre), le groupe Electricité de France (EDF) a affirmé qu'il ne transportait "aucun déchet nucléaire en Russie" : "Les déchets radioactifs issus du traitement des combustibles restent en France" où ils sont conditionnés et entreposés "en toute sûreté" sur le site de La Hague, a-t-il assuré.
Selon une porte-parole, il ne s'agit que d'uranium recyclable, issu du traitement des combustibles des centrales nucléaires d'EDF qui est transporté en Russie pour être enrichi.
Pour Laure Noualhat, journaliste au quotidien Libération, "on nous dit que 96 % des matières nucléaires sont valorisables, recyclables, réutilisables, peu importe l'adjectif. Nous avons déconstruit ce chiffre : ce n'est pas vrai".
L'uranium appauvri peut être réutilisé ? Les avis divergent !
EDF et le groupe Areva, chargé de retraiter le combustible usé des centrales du groupe électrique de La Hague, rappellent que cet uranium appauvri peut être réutilisé, ce qui est remis en cause par des associations comme Greenpeace. "Nous n'avons pas la technologie pour ré-enrichir et chimiquement retransformer l'uranium de retraitement" actuellement en France, a précisé un porte-parole d'Areva, ce qui oblige à envoyer cet uranium appauvri en Russie. Cette technique devrait être disponible en 2012 sur l'usine en construction Georges Besse II, dans la Drôme, a-t-il poursuivi.
C. Jouanno veut-elle gagner du temps ?
Le réseau associatif Sortir du Nucléaire a accusé Chantal Jouanno de vouloir "gagner du temps pour que l'affaire disparaisse de l'actualité" et demandé "le retour en France des déchets radioactifs français abandonnés par EDF en Russie".
"Les citoyens français doivent prendre conscience de l'accumulation dramatique des déchets radioactifs" a ajouté le réseau.
De son côté, Greenpeace juge "curieux d'avoir entendu depuis des années l'industrie nucléaire française souligner le manque de sérieux de l'industrie russe suite à la catastrophe de Tchernobyl", et "de lui avoir confié en même temps la gestion de centaines de tonnes de nos propres déchets nucléaires".