La France va construire un deuxième réacteur de type EPR qui fournira en grande partie de l'électricité aux pays voisins. En Europe, le nucléaire représente un tiers de l'électricité produite contre 80 % en France. Cette dernière a été exportatrice nette d'électricité en 2007 pendant 345 jours. Le directeur du centre géopolitique de l'énergie de l'Université Paris-Dauphine, Jean-Marie Chevalier, a précisé mercredi : "Quand on se situe dans une perspective européenne, l'Union a besoin de nouvelles capacités de production et un deuxième EPR en France peut permettre en grande partie d'exporter".

Le chef de l'Etat français Nicolas Sarkozy avait annoncé début juillet la construction d'ici 2017 d'un deuxième réacteur à eau pressurisée de nouvelle génération et il s'était attiré les foudres des écologistes. Le lieu de construction n'a pas été communiqué. Nicolas Sarkozy a déclaré : "L'ère du pétrole bon marché, c'est fini. Le nucléaire est plus que jamais une industrie d'avenir et une énergie indispensable. Chaque EPR fait économiser 2 milliards de m3 de gaz par an quand il remplace une centrale à gaz et 11 millions de tonnes de CO2 par an quand il remplace une usine à charbon. L'électricité qui sort d'un EPR est 30 à 50 % moins chère que l'électricité qui sort d'une centrale à gaz ou au charbon. On peut devenir exportateur d'électricité alors qu'on a ni pétrole, ni gaz. C'est une chance historique de développement".
Le directeur de campagne chez Greenpeace France, Yannick Jadot, a déclaré : "Il s'agit d'une faute lourde sur le plan énergétique, économique, industriel et environnemental. Des études ont montré que nous n'avons pas besoin de noueaux réacteurs nucléaires avant 2025-2030".
EDF serait prêt à répondre à la demande du gouvernement de construire une deuxième centrale nucléaire de ce type : "Pour des raisons liées à la sécurité d'approvisionnement et à la lutte contre le réchauffement climatique, dans un contexte de forte hausse du prix du pétrole, EDF est prêt à répondre à cette demande" a indiqué la porte-parole. Mais Suez serait aussi intéressé : "Nous comptons devenir un constructeur et exploitant de centrales nucléaires à l'horizon 2015-2020 à travers le monde et nous serons un acteur très engagé dans le renouveau du nucléaire".
La construction du premier réacteur nucléaire de type EPR a commencé à Flamanville (Manche) fin 2007 sous la direction d'EDF. Sauf imprévu, sa mise en service aura lieu en 2012. Cette information est à mettre au conditionnel car ce chantier a déjà connu quelques difficultés. L'Autorité de sûreté nucléaire avait constaté en mai dernier des fissures à la suite de la coulée d'un bloc de béton composant la plate-forme de l'îlot nucléaire de l'EPR. Le chantier avait été interrompu mais les travaux ont repris le 19 juin.
Pour les écologistes, la construction d'un deuxième réacteur de type EPR en France serait aberrante et stupide. Yannick Jadot, directeur des campagnes de Greenpeace France, a déclaré jeudi : Cette décision unilatérale de Nicolas Sarkozy sonne en partie la mort du Grenelle de l'environnement dont la feuille de route donnait la priorité absolue aux économies d'énergie et au développement des renouvelables. On ne fait pas rouler des voitures avec du nucléaire".
Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, a précisé : "Nous regrettons que les milliards d'euros dépensés ne le soient pas pour les économies d'énergie et des énergies renouvelables. Au mépris de notre avenir, la France devient le show-room du nucléaire pour le VRP Sarkozy et Areva. Les verts rappellent leur opposition la plus ferme et leur détermination à lutter contre la construction du réacteur nucléaire, EPR, inutile, dangereux et coûteux".
Après les chocs pétroliers des années 1970, la France s'est tournée vers l'énergie nucléaire. Avec la construction de dizaine de réactions, la France a réduit sa dépendance au pétrole et a multiplié par dix la part de l'électricité d'origine nucléaire depuis 1974.