Alors que les conflits se multiplient à propos des éoliennes, les parlementaires veulent mettre de l'ordre et concentrer les efforts sur l'éolien off-shore.
Dans un rapport publié mardi, la mission de l'Assemblée nationale émet cinq recommandations dont l'installation d'ici fin 2011 de "schémas régionaux de l'éolien", avec pour chaque zone de développement de l'éolien une puissance installée d'au moins 15 mégawatts et cinq mâts.
L'éolienne est-elle une ennemie ?
Pour les députés, l'ennemi n'est pas l'éolienne mais sa dissémination anarchique sur le territoire, poussée par des promoteurs parfois peu scrupuleux. "Nous ne sommes pas contre l'éolien, mais pour un développement réglementé et organisé" insiste le député UMP Patrick Ollier, qui souhaite surtout "limiter les installations isolées" dans un souci d'acceptabilité notamment. "Aujourd'hui on est dans une telle équivoque que rien n'avance".
Que faut-il faire pour atteindre l'objectif du Grenelle ?
Les cinq recommandations feront l'objet d'amendements à la loi Grenelle 2, en examen à l'Assemblée à partir du 4 mai. Pour atteindre l'objectif du Grenelle de l'environnement (10 % d'électricité issue du vent en 2020 contre 1,5 % actuellement), il faudra un total de 9.000 éoliennes contre 3.000 environ actuellement.
La France n'est même pas dans le tiercé de tête
La mission considère qu'il faudra concentrer les efforts sur l'éolien en mer et la création d'une véritable filière française. La France, qui dispose pourtant du 2è potentiel de vent en Europe, figure au 7è rang de l'éolien mondial, quand l'Allemagne occupe la 2è place derrière les Etats-Unis et devant la Chine. En attendant, elle recommande d'implanter les mâts à 500 m de distance au moins des habitations.
Les députés souhaitent leur appliquer le régime des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE), ce qui rendrait complexe les procédures d'autorisation en soumettant les éoliennes aux mêmes autorisations qu'un site industriel dangereux.
Quelques réactions
Pour Martine Billard, porte-parole du Parti de Gauche, "le lobby nucléaire a décidé de tuer l'énergie éolienne qui lui fait concurrence".
Pour André Antolini, président du Syndicat des énergies renouvelables, "n rajoute encore une couche d'autorisation administrative. Qu'il faille des schémas régionaux, pour guider les collectivités, les opérateurs, personne n'en doute. Ce qui est difficile, c'est de consentir à l'avance à une règle que nous ne connaissons pas".
Même la promotion de l'off-shore lui parait suspecte et paradoxale : "C'est oublier que l'offshore est beaucoup plus cher pour le consommateur". "L'objectif des opposants est d'arrêter ou de ralentir considérablement le développement de l'éolien terrestre sans dire par quoi on va le remplacer. On y consacre beaucoup d'énergie, plutôt qu'à construire une véritable industrie".
La réaction de l'Ademe : "Je ne crois pas qu'il y ait, aujourd'hui, un développement anarchique de l'éolien en France" a expliqué Jean-Louis Bal, directeur des énergies renouvelables à l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie. "Les populations sont beaucoup plus favorables au développement de l'éolien qu'on ne le dit souvent" a-t-il encore ajouté.
Pour Le PS : "Décidément, il souffle à l'UMP un vent contraire à la transition environnementale de nos modes de production et de consommation d'énergie", déplore la secrétaire nationale du PS à l'Environnement, Laurence Rossignol, dans une allusion à l'abandon de la taxe carbone. Les préconisations de ce "rapport à charge contre l'éolien", si "elles sont suivies, vont freiner tout développement", met-elle en garde. Pour Mme Rossignol, "ce rapport défend une thèse dépassée et incompatible avec le Grenelle de l'Environnement", voulant "faire du vent un risque équivalent à une usine Seveso !". "Prenant acte de ces reculs, le groupe socialiste de l'Assemblée nationale s'est exprimé contre ce rapport", relève Mme Rossignol qui précise que "Philippe Plisson, député socialiste qui était rapporteur de la mission, a préféré démissionner plutôt que cautionner un tel document".
Selon une étude de CapGemini pour le Syndicat des énergies renouvelables, la filière pourrait pourtant générer jusqu'à 60.000 emplois d'ici 2020 - contre moins de 10.000 aujourd'hui.