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08 mars 2010 -
12h42 :
Agriculture: les promesses de N.Sarkozy
[ ENVIRONNEMENT - AGRICULTURE ]

Nicolas Sarkozy au salon de l'agriculture, le 6 mars 2010.Confrontés à une grave crise, les agriculteurs souhaitaient un allègement des contraintes environnementales qui les pénalisent par rapport à leurs concurrents européens. Vont-ils les obtenir ?
Lors de sa visite au salon de l'agriculture samedi, le chef de l'Etat Nicolas Sarkozy s'est engagé à défendre un "secteur stratégique et majeur" pour l'économie française après avoir reconnu "la souffrance et l'angoisse"des agriculteurs.

Selon lui, l'agriculture et l'industrie agro-alimentaire sont des éléments fondamentaux de la puissance économique de la France" a-t-il insisté. "Je ferai pour ce secteur ce que nous avons essayé de faire pour la crise financière" a-t-il promis. 

vache lait agriculture champs bucolique campagneLes décisions prises par le chef de l'Etat

Le président a affirmé qu'il fallait "changer les méthodes de mise en œuvre des mesures environnementales dans l'agriculture" souhaitant que la France soit au premier plan de l'agriculture durable. 


Nicolas Sarkozy a annoncé diverses aides financières aux agriculteurs en difficulté et l'allègement des contraintes environnementales : 

-  Augmentation de 800 millions d'euros de prêts bonifiés accordés par les banques en faveur des agriculteurs en difficulté, ainsi qu'une aide pour les agriculteurs déjà très endettés de 50 millions d'euros.
Cette somme s'ajoute aux 100 millions d'euros déjà accordés dans le cadre du Fonds d'aide d'allègement des charges.

Pour la Confédération paysanne, "les rallonges financières sont la preuve que la crise est plus grave que ce que le gouvernement imaginait. Il n'y a pas de perspective politique tracées pour sortir de l'impasse". 

Rappel !

En octobre, il avait déjà annoncé un plan de soutien à l'agriculture, avec un milliard de prêts bonifiés, et 650 millions d'euros de "soutien exceptionnel de l'Etat". En 2009, les agriculteurs ont vu leurs revenus baisser d'un tiers, et jusqu'à 50 % pour les producteurs laitiers. 
 
- Allègement des contraintes environnementales qui pèsent sur l'agriculture et freine sa compétitivité par rapport à d'autres pays moins exigeants en matière écologique. "Il nous a donné de l'espoir pour 2013 (ndlr : année de la nouvelle PAC) mais ne nous a proposé aucune solution immédiate à la crise très grave" a déclaré François Lucas, président de la Coordination rurale.


JL BorlooNicolas Sarkozy a chargé Bruno Le Maire et Jean-Louis Borloo, respectivement ministres de l'Agriculture et du Développement durable de "tenir un premier groupe de travail autour d'une nouvelle méthode d'analyse des mesures environnementales en agriculture".
 
Ces décisions, véçus par certains comme une trahison des engagements du Grenelle par les défenseurs de l'environnement, ont fait réagir ce week-end :

L'association Eau et Rivières de BretagneLes engagement du Grenelle foulés du pied

Les déclarations du président Nicolas Sarkozy constituent un "signal extrêmement négatif envoyé aux autorités européennes" a estimé l'association Eau et Rivières de Bretagne.
"Au moment où, dans le domaine de l'eau, la France est sévèrement mise en cause pour les retards pris dans l'application des directives relatives à la protection des captages et aux nitrates, la décision de remettre en cause le volet agricole du Grenelle constitue un signal extrêmement négatif envoyé aux autorités européennes" a déclaré le porte-parole de l'association, Jean-François Piquot. "Ce recul ignore les engagements européens de la France" a-t-il poursuivi.

La France condamnée à de multiples reprises par l'Europe

La France est toujours sous la menace d'une amende européenne de plus de 28 millions d'euros pour non respect de la directive eau alimentaire de 1975. "La France est un très mauvais élève de l'Europe, ça fait 20 ans que ses pratiques agricoles sont dénoncées par l'Union européenne, il serait donc grand temps de se mettre en conformité, mais une fois de plus on annonce qu'on va continuer de polluer » a déclaré Lylian Le Goff.

François Hollande sur Europe 1 le 10 janvier 2010."Ce qui pose problème, c'est son incohérence"

François Hollande a déclaré : "Nicolas Sarkozy nous a fait une annonce qui est à bien des égards révélatrice de sa politique (...). Ce qui pose problème, c'est son incohérence". 
Selon lui, il y a quelques mois, Nicolas Sarkozy voulait faire une défense de l'environnement, une agriculture qui soit respectueuse des normes environnementales, et le voilà qui nous dit (...) parce qu'il est au salon de l'agriculture, parce qu'il sait qu'il y a une détresse, que l'environnement est devenu un problème pour l'agriculture". 
  
France Nature EnvironnementPour la fédération France Nature Environnement, c'est une "trahison" du Grenelle de l'environnement 

"C'est le retour du double langage : on commence par dire qu'on croit à une agriculture durable et plus tard on la démolit. C'est une remise en cause du Grenelle et même une trahison" a estimé Lylian Le Goff.
Ce dernier a noté "que cette déclaration fait suite à une rencontre avec (Jean-Michel) Lemétayer", le patron de la FNSEA.
 
"Le système productiviste, tueur de biodiversité, est aussi un tueur d'emplois : il se nourrit en faisant plus avec moins de main d'œuvre et on perd chaque année 35.000 exploitations".

C'est un "apprenti sorcier" et un "imposteur" pour Noël Mamère 

"Ceux qui avaient cru à la sincérité de président au moment du Grenelle en sont pour leurs frais. (...) Le président a d'abord entendu les grands lobbies, ceux qui mènent une agriculture qui épuise les sols, qui pollue les nappes phréatiques, qui produit la malbouffe et qui produit des problèmes de santé" (...) "En prétendant sauver les agriculteurs, il est en train de les tuer. Il tue l'agriculture paysanne" a conclu Noël Mamère.

Les pesticidesLa réaction du Mouvement pour la défense et le respect des générations futures

C'est "un renoncement majeur au Grenelle de l'environnement ». Nicolas Sarkozy a "mis un grand coup de frein" à la mise en œuvre des mesures du Grenelle, "notamment la réduction de l'usage des pesticides", juge le mouvement. Le président a "cédé aux pressions de la FNSEA et aux lobbies agro-industriels" accuse-t-il.
"Nicolas Sarkozy est prêt à tout pour s'attirer les suffrages des agriculteurs en trahissant ses propres promesses de mai 2008 lorsqu'il parlait alors +d'urgence écologique+" s'insurge l'association.

Pour son président, François Veillerette, la réduction de 50 % des pesticides, est l'une des mesures phares du Grenelle. Le MDRGF proteste contre ce renoncement majeur de l'une des décisions du Grenelle
  
Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, a estimé : "(...) les propos du président de la République "soulignent sa négligence pour l'avenir de la filière. (...) Contrairement à sa vision simpliste des choses, l'agriculture n'est pas un secteur économique comme les autres, et l'agrobusiness n'est pas un élément de l'identité nationale française mais une industrie concurrentielle soumise aux mêmes logiques de rentabilité financière destructrices pour l'environnement, les producteurs et les consommateurs".
"Au nom de la concurrence, Nicolas Sarkozy prétend affranchir l'agriculture de la contrainte environnementale, au risque de laisser les choix à court terme épuiser un peu plus les sols, proliférer les algues vertes, aggraver la dégradation de l'environnement" déplore-t-elle.

De son côté, Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, principal syndicat agricole, s'est félicité de "la détermination affichée du président" Nicolas Sarkozy de défendre les agriculteurs. Il s'est félicité du "plan de soutien" de M. Sarkozy à un secteur en crise.
Il a évoqué le feu vert de l'Etat à l'augmentation de 800 millions des prêts bonifiés, accordés par les banques aux agriculteurs en difficulté.


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