La Commission européenne autorise la culture dans l'Union européenne de la pomme de terre génétiquement modifiée, Amflora, du groupe allemand BASF. Selon l'exécutif européen, sa culture est autorisée «à des fins industriels» et pour l'alimentation animale.
Bruxelles a également accepté la commercialisation en Europe à des fins alimentaires de trois variétés de maïs transgéniques de la firme Monsanto, des dérivés du MON 863.
Le saviez-vous ?
La pomme de terre Amflora est un tubercule développé par la firme agrochimique allemande BASF. Elle est destiné à l'usage industriel pour son amidon et à l'alimentation animale. La pomme de terre produit de l'amylopectine pure, destinée notamment à la fabrication de papier glacé, de certains bétons et adhésifs. "Une utilisation alimentaire n'est pas prévue" précise le groupe.
Est-elle si inoffensive ?
La Commission s'est retranchée derrière les avis favorables de l'Agence européenne de sécurité des aliments, qui juge que la pomme de terre ne pose pas de problème pour la santé.
Le commissaire chargé de la Santé et de la protection consommateurs, John Dalli, a indiqué que toutes les craintes en matière de santé avaient été "levées" par les études scientifiques.
Alors que les aliments transgéniques divisent et suscitent des craintes pour la santé humaine et l'environnement, il a ajouté : "Chaque Etat est libre d'autoriser ou non la culture de cet OGM". Les défenseurs de l'environnement rejettent en effet ce tubercule car il contient un gène marqueur de résistance aux antibiotiques. Ces derniers s'inquiètent des risques de dissémination du gène sur les autres plantes dans la nature.
Notons que la Commission européenne n'avait plus donné son feu vert à une culture OGM en Europe depuis 1998 et le maïs OGM de Monsanto, le MON 810.
BASF a la « frite »
La culture de cette pomme de terre génétiquement modifiée, c'est pour quand ? Dès cette année, a annoncé le groupe allemand BASF : "La voie est désormais libre pour une mise en culture commerciale d'Amflora cette année" a déclaré le directeur de la branche phytosanitaire du géant de la chimie, Peter Eckes. BASF doit encore attendre "l'approbation formelle qui doit être publiée par la Suède.
BASF calme le jeu
La pomme de terre génétiquement modifiée ne sera pas proposée en France dans l'immédiat, a déclaré mardi BASF. Amflora "est destinée aux pays qui sont d'ores et déjà prêts à l'utiliser" indique le groupe, qui cite la Suède, les Pays-Bas, la République tchèque et l'Allemagne. "BASF n'a pas prévu, à ce jour, de la proposer aux industriels français et souhaite tenir compte des particularités et des demandes de chaque pays".
Les détracteurs en ont gros sur « la patate »
Le ministre italien de l'Agriculture, Luca Zaia, a critiqué la décision de Bruxelles d'autoriser la culture de cette pomme de terre.
L'Italie mais aussi l'Autriche ont annoncé leur intention d'interdire la culture de ce tubercule.
"Je suis choqué de voir que John Dalli n'a eu besoin que de quelques semaines (...) pour exprimer un soutien aussi flagrant aux intérêts industriels" a estimé l'un de leurs chefs de file, Martin Häusling.
"Il y a de sérieuses inquiétudes au sujet d'un gène" de la pomme de terre Amflora "qui est résistant aux antibiotiques" a-t-il ajouté. "Des doutes sérieux persistent concernant les conséquences possibles sur la santé humaine et l'environnement" a-t-il ajouté.
Une décision inacceptable
"Cette décision de reprendre les autorisations de dissémination d'OGM dans l'environnement (...) est inacceptable" a critiqué Corinne Lepage, vice-présidente de la commission Environnement du Parlement.
Elle "constitue une véritable déclaration de guerre à l'égard des citoyens européens majoritairement opposés aux cultures OGM (...)" a-t-elle ajouté.
L'organisation des Amis de la terre a également déclaré : "C'est une mauvaise journée pour les citoyens européens et l'environnement".
Très mauvaise nouvelle pour Duflot
La secrétaire nationale des Verts, Cécile Duflot, a qualifié de "très mauvaise nouvelle" le feu vert donné par Bruxelles : "Ce que demandent notamment les écologistes et nos députés européens c'est qu'on puisse faire une évaluation précise (des risques). Ca fait dix ans qu'on le demande, ça n'a pas été fait".
Quel est le danger ? "Justement on ne le connaît pas ! On a pu avoir, sur le maïs notamment, quelques études qui ont montré sur des rats des conséquences sur des atteintes au foie. Ces travaux scientifiques doivent être approfondis (...)".
Qu'attend-elle du gouvernement français ?
Elle souhaite qu'il "refuse la commercialisation et la culture de cette pomme de terre comme de tous les organismes génétiquement modifiés". "On a appliqué et fait appliquer la clause de sauvegarde, il faut continuer".
Un risque inacceptable pour l'Homme et l'environnement
Greenpeace France appelle la France à déclencher la "clause de sauvegarde" pour faire barrage à la pomme de terre OGM Armflora. Pour l'Organisation, ce tubercule génétiquement modifié pose "un risque inacceptable pour la santé humaine et animale et l'environnement ». Elle ajoute : "Disséminer des OGM de la pomme de terre BASF dans l'environnement pourrait augmenter la résistance de certaines bactéries à des médicaments, comme des traitements contre la tuberculose".