Si la Turquie continue de retenir l'eau du Tigre et de l'Euphrate, l'Irak court à la catastrophe cet été : risques de sécheresse et déplacement de population. La bataille sur le partage international des eaux de ces fleuves, a commencé il y a des siècles.
Début mai, les barrages irakiens comptabilisaient 11 milliards de m3 d'eau contre un peu plus de 40 milliards il y a deux ans alors que les précipitations n'ont pas été inférieures aux normales cet hiver.
1,5 milliard de m3 contre huit milliards en mai 2007
Les autorités irakiennes ont adressé des lettres à Ankara pour demander que la Turquie autorise un débit de 700 m3/s de l'Euphrate quand il coule en Irak. En vain ! Pourtant la situation est très préoccupante dans l'Euphrate. Les réserves du barrage d'Haditha, premier ouvrage irakien en amont du fleuve, n'étaient début mai que d' 1,5 milliard de m3 contre huit milliards en mai 2007. "Si le niveau d'eau dans l'Euphrate continue de diminuer, il y aura une catastrophe en juillet car il ne sera plus possible d'irriguer les cultures. L'agriculture irakienne dépend à 90% de l'eau des fleuves" a déclaré Aoun Ziab Abdoullah, directeur du Centre national des ressources en eau. Dans certaines provins, les effets se font déjà sentir
Le manque d'eau aggrave la salinité du fleuve
"Nous allons nous concentrer sur la fourniture d'eau potable et l'irrigation d'autres cultures moins demandeuses d'eau" a déclaré le directeur du centre des ressources en eau de Najaf, Modhar al-Bakaa. Une catastrophe écologique pourrait aussi se produire dans les marais de Nassiriyah. Il faut aussi savoir que le manque d'eau aggrave la salinité du fleuve.
De nombreux barrages construits par la Turquie
Selon l'Irak, la Turquie a construit de nombreux barrages en amont depuis trois décennies pour l'irrigation des terres agricoles d'Anatolie du sud-est. Ces ouvrages lui permettent de réguler le débit des fleuves.
Selon Aoun Ziab Abdoullah, le débit de l'Euphrate, qui serpente de la Turquie via la Syrie n'est plus aujourd'hui que de 230 m3/seconde quand il entre en Irak, alors qu'il était encore de 950 m3/s en 2000.
La situation sur le Tigre est moins grave mais la Turquie projette de construire le barrage d'Ilisu, d'une capacité supérieure à 10 milliards de m3. Les autorités de Bagdad sont très inquiètes.
Le saviez-vous ?
L'unique traité bilatéral sur le partage des eaux remonte à 1946. A cette époque, l'Irak craignait les inondations. Le texte imposait alors à Ankara d'avertir son voisin de tout projet susceptible d'affecter le débit des fleuves.