Alors que la Fondation Nicolas Hulot a décidé de suspendre lundi sa participation aux groupes de travail menés par le gouvernement dans le cadre du Grenelle de l'environnement et de la Mer, Nicolas Hulot est enfin sorti de son silence vendredi :
"Le dialogue n'est pas rompu mais on demande des clarifications" à quelques semaines du vote du Grenelle 2, a-t-il déclaré. "On est un peu déçu" et "plus que surpris" a-t-il indiqué, évoquant "un sentiment de gâchis" et dénonçant "un travail de sape systématique des uns et des autres sur une mesure complexe qui devait précéder une réforme de la fiscalité".
Nicolas Hulot a exprimé "une volonté d'apaiser", soulignant que grâce au Grenelle, "la France est leader en Europe sur ces sujets". Mais la question est de savoir, désormais, s'il y a "une remise en cause des ambitions écologiques après les régionales".
Entre MM. Allègre et Jouzel, Nicolas Hulot a choisi
Sur la montée de "l'écolo-scepticisme", porté entre autres par le livre de Claude Allègre, Nicolas Hulot a jugé que "le temps est notre plus précieux allié". "On peut mentir à tout le monde une fois, mais pas tout le temps à tout le monde. On ne peut pas enfiler les mensonges, les injures et les anathèmes dans un débat aussi essentiel" a-t-il dit. "Entre un Jean Jouzel, vice-président du GIEC (le Groupe d'experts sur le climat mandaté par l'ONU) et la morgue, la suffisance et la grossièreté de Claude Allègre, j'ai fait mon choix" a-t-il conclu.
L'écologie... un ingrédient de la tambouille électorale
Quelques heures plutôt, Nicolas Hulot avait accordé un entretien au Parisien/Aujourd'hui en France de vendredi : "Nous estimons qu'une mise au point s'imposait vis-à-vis de la classe politique et de la société. (...) Il ne s'agit pas seulement de l'abandon de la taxe carbone. Les écolos climato-sceptiques ont un succès médiatique grandissant et l'écologie est devenue un simple ingrédient de la tambouille électorale" explique Nicolas Hulot dans le Parisien.
La taxe carbone est devenue une dispute politicienne
Il juge aussi que "la campagne des régionales n'a pas donné un excellent spectacle de la perception des enjeux écologiques" et s'inquiète qu'après "la défaite de la droite, certains élus de la majorité sont tentés de revenir sur les enjeux environnementaux". Quant à la taxe carbone, elle est "devenue l'objet d'une navrante dispute politicienne", caricaturée en "impôt nouveau. Le message a été délibérément brouillé par les politiques" estime-t-il.
Pour autant, "loin de moi l'idée de dire que le Grenelle est mort ou inutile", ou "que le président de la République n'a rien fait" déclare Nicolas Hulot, appelant Nicolas Sarkozy à clarifier "les objectifs et le calendrier" car "tout cela se fait un peu au forceps". Il demande également la tenue d'un "Grenelle de l'agriculture", car "le modèle agricole actuel n'est plus durable".
Il exhorte enfin les politiques à cesser "de voir la croissance absolue comme la solution à tous nos maux", car "la cause de tous les désordres écologiques (...) est le modèle capitaliste et libéral que tout le monde avait pour référence jusqu'à aujourd'hui".
Pourquoi la Fondation a-t-elle suspendu sa participation ?
La Fondation Nicolas Hulot avait décidé de suspendre sa participation aux groupes de travail après que le gouvernement ait annoncé le report sine die de la taxe carbone. Cécile Ostria, directrice générale de la Fondation avait d'ailleurs déclaré : "Alors que les crises écologiques et climatiques menacent directement l'économie et l'emploi, et en particulier les plus vulnérables d'entre nous, le discours politique nous explique presque systématiquement que l'environnement est une contrainte pour l'économie et qu'il crée des déséquilibres sociaux"