Quarante-huit heures après la catastrophe écologique provoquée par un accident industriel en Hongrie, le flux toxique de boues rouges a atteint jeudi le Danube. Il menace l'écosystème du deuxième fleuve le plus long d'Europe, après la Volga, avec un taux alcalin légèrement au-dessus de la normale, a annoncé un responsable du Service des eaux.
Le flux toxique affecte déjà l'écosystème de la branche principale du Danube où plusieurs poissons morts ont été observés, a indiqué le chef régional des services anti-catastrophes Tibor Dobson. "Les poissons morts ont été observés là où la (rivière) Raab se jette dans le Danube. Ils ne résistent pas au PH de 9,1", a-t-il ajouté. Le taux alcalin normal est de 8, sur une échelle allant jusqu'à 14.
Il y a quelques heures, le ministre de l'Intérieur, Sandor Pintér, avait déclaré : "Nous sommes confiants dans le fait que les particules toxiques n'atteindront pas le Danube".
Un responsable du service des eaux avait appuyé cette position : "Si nos calculs sont bons, quand les boues atteindront le Danube, la contamination sera retombée à un niveau acceptable" a déclaré Emil Jenak.
L'écosystème de la rivière Marcal détruit
L'écosystème de la rivière Marcal, affectée par la marée de boue toxique, a été détruit à cause de la pollution, a annoncé jeudi le chef régional des services anti-catastrophes Tibor Dobson. "L'écosystème complet de la rivière Marcal a été détruit, car le taux alcalin très élevé a tout tué. (...)Tous les poissons sont morts et nous n'avons pas pu sauver la végétation non plus. (...) La Marcal a reçu sa peine de mort quand la boue rouge y a déferlé par le ruisseau Torna " a-t-il déclaré à l'agence de presse nationale MTI.
"Nous avons essayé de diminuer le taux alcalin de la Marcal sur plusieurs points avec du plâtre et de l'acide, mais en vain" a-t-il ajouté. L'objectif est maintenant de ramener le taux alcalin sous 9 dans la Raab et le Danube pour sauver ces écosystèmes.
Retour sur cette catastrophe écologique
Le gouvernement hongrois avait déclaré mardi l'état d'urgence dans trois départements de l'ouest du pays après un accident industriel lundi dans une usine de bauxite-aluminium de la ville d'Ajka (160 kilomètres à l'ouest de Budapest).
Plusieurs villages affectés par cette boue toxique
Un réservoir d'une usine de bauxite-aluminium de la ville d'Ajka (160 kilomètres à l'ouest de Budapest) s'est rompu et a déversé 1,1 million de mètres cubes de boue rouge toxique sur les sept villages avoisinants. "Nous savons déjà que dix hectares ont été submergés par la boue rouge, causant des dommages importants dans 40 maisons à Kolontar, 244 à Devecser et 14 à Somlovasarhely" a détaillé Sandor Pintér.
Cet accident industriel sans précédent en Hongrie a déjà fait quatre morts, dont une petite fille de 14 mois, plus de 120 blessés, trois personnes étant toujours portées disparues.
Les causes de cette catastrophe ?
Le secrétaire d'Etat à l'Environnement, Zoltan Illés, s'est dit "persuadé" que la cause de l'accident était la surcharge des réservoirs. Selon lui, le nettoyage et la reconstruction des villages pourraient s'étaler sur plusieurs mois.
WWF a rappelé les ravages provoqués par le déversement dans une rivière d'eaux polluées par du cyanure en provenance d'une mine d'or en Roumanie en 2000. Tous les animaux aquatiques, sauf les vertébrés, avaient péri dans une rivière en aval.
Vigilance renforcée en Roumanie
Les autorités roumaines ont de leur côté renforcé leur vigilance jeudi. "Nous prélevons des échantillons des eaux du Danube toutes les trois heures" a déclaré Adrian Draghici, directeur de l'Administration nationale des eaux de Mehedinti, département du sud-ouest où le fleuve entre en territoire roumain.
Selon lui, les résidus toxiques pourraient atteindre le secteur roumain du Danube samedi soir. "(...) si nous avons le moindre signal que les eaux du Danube sont polluées à leur entrée en Roumanie, nous appliquerons immédiatement des restrictions totales en ce qui concerne l'approvisionnement en eau de la population".
"Il est indispensable pour la Roumanie de disposer de toutes les informations là-dessus afin de pouvoir prévenir l'extension du désastre, d'autant plus que plusieurs villes roumaines riveraines du Danube sont alimentées en eau potable directement de ce fleuve" a déclaré la présidente de cette commission, Sulfina Barbu.