L'Agence de sûreté nucléaire japonaise est prête à étudier toutes les solutions pour évacuer des tonnes d'eau contaminée et limiter les rejets radioactifs des quatre réacteurs dont les systèmes de refroidissement sont en panne à la centrale Fukushima Daiichi (Fukushima 1) depuis le séisme et le tsunami du 11 mars.
Quelles sont les options envisagées ?
Tepco pourrait utiliser un pétrolier mouillant en face de la centrale pour évacuer le liquide hautement radioactif radioactive retrouvé dans les salles des machines et dans un tunnel situé près du réacteur 2 et débouchant à l'extérieur du bâtiment.
Les employés intervenant à la centrale ont pompé une partie de cette eau dans des réservoirs désormais pleins, et doivent trouver un autre contenant pour stocker l'eau du tunnel qui représente l'équivalent de plus de deux piscines olympiques. Après cette évacuation, les ouvriers pourraient à nouveau travailler.
La possibilité de recouvrir d'une bâche les toits et les murs des bâtiments extérieurs des réacteurs 1, 3 et 4, partiellement soufflés par des explosions, a également été évoquée. Cette bâche fabriquée dans un matériau spécial serait capable de limiter les dégagements de vapeurs radioactives. Les autorités pourraient aussi déployer des équipements d'aération destinés à éviter l'accumulation de gaz et de nouvelles explosions dans les bâtiments des réacteurs.
Tokyo Electric Power (Tepco), qui est l'opérateur de la centrale nucléaire de Fukushima, accidentée lors du séisme et du tsunami survenus le 11 mars dernier, a fait appel à plusieurs experts du groupe nucléaire français Areva, spécialisés dans la décontamination des rejets radioactifs.
La centrale Fukushima Daiichi (N°1), bâtie il y a plus de 40 ans sur la côte du Pacifique, à 250 kilomètres au nord de Tokyo, n'était pas conçue pour résister au tsunami de 14 mètres qui a ravagé ses installations. Rappelons que cette double catastrophe a fait 28.000 morts et disparus.
De son côté, le ministère américain de l'Energie a également proposé son aide en mettant à la disposition des nippons des robots résistant aux radiations et capables de recueillir des informations sur les réacteurs dans des endroits où la radioactivité est trop élevée.
Après le séisme et le tsunami, l'alimentation électrique des circuits de refroidissement des six réacteurs a été brutalement interrompue. Privé d'eau, le combustible nucléaire a commencé à chauffer et à entrer en fusion, provoquant une série d'explosions et d'importantes fuites radioactives. Pour William Borchardt, un haut responsable de la Nuclear Regulatory Commission, il y a encore un grand nombre d'obstacles à surmonter pour que la centrale nucléaire retrouve une stabilité, mais je pense que les choses vont dans la bonne direction.
Iode radioactif en mer 3.355 fois supérieur à la norme
Des milliers de tonnes d'eau de mer, remplacée récemment par de l'eau douce à cause des effets corrosifs du sel, ont été déversées jour et nuit sur les réacteurs afin de les refroidir et stopper la fusion. Mais cette énorme quantité d'eau contaminée par les radiations s'est infiltrée dans les salles des machines et dans les galeries techniques souterraines, et a ruisselé jusqu'à l'océan Pacifique tout proche. Résultat : le taux d'iode radioactif, 3.355 fois supérieur à la norme légale, a été mesuré dans l'eau de mer prélevée à 300 mètres au sud de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima (nord-est du Japon), a annoncé mercredi l'opérateur Tepco.
Le risque sur les algues et les animaux marins n'est pas important
Depuis le début de l'accident, la centrale a rejeté de nombreux produits radioactifs, principalement de l'iode et du césium, transportés par les milliers de tonnes d'eau qui ont été déversées par les secours pour refroidir les installations et dont une partie a nécessairement ruisselé dans le Pacifique tout proche après ce "lessivage".
Selon Tepco et l'Agence de sûreté nucléaire nippone, cette radioactivité relâchée dans la mer se dilue avec les marées et le risque sur les algues et les animaux marins n'est pas important. Certains spécialistes ont émis un avis différent : ces rejets radioactifs dans l'océan Pacifique seront sans conséquence majeure à l'échelle planétaire, mais ils pourraient avoir un impact notable, voire durable, sur la vie marine au large de la centrale japonaise.
Un cercle vicieux !
Pour les techniciens, il est en effet vital de refroidir les réacteurs, mais plus ils utilisent d'eau, plus les nappes radioactives augmentent. Et moins ils injectent d'eau, plus la température augmente dans les réacteurs. La découverte de plutonium dans cinq prélèvements de terre à la centrale et l'accumulation d'iode radioactif et de césium dans l'eau de mer fait craindre une grave pollution de l'environnement et de la chaîne alimentaire.
De nouvelles régions chinoises touchées par la radioactivité
De très faibles doses de césium ou d'iode radioactifs provenant de la centrale nucléaire de Fukushima ont été détectées dans plusieurs provinces chinoises dont Pékin, a fait savoir le ministère chinois de l'Environnement.
De l'iode 131 a été décelé dans les provinces du Henan (centre), du Hebei, du Shandong et du Shanxi (nord), ainsi qu'à Pékin et Tianjin (nord). Du césium 137 et 134 ont été détectés dans l'Anhui (est), le Guangdong et le Guangxi (sud), ainsi que dans le Ningxia (nord-ouest), loin à l'intérieur des terres.
La présence d'iode radioactif avait été rapportée mardi pour les régions côtières du sud et de l'est du pays, dont Shanghai. Elle avait également été signalée durant le week-end dans le nord-est de la Chine. Le césium 137, dont la radioactivité diminue de moitié en 30 ans contre 8jours pour l'iode 131, a été la principale source de contamination de la chaîne alimentaire après l'accident de Tchernobyl.
Doit-on qualifier cette nouvelle de bonne ou de mauvaise ?
Selon le ministère chinois, "la quantité de radioactivité (détectée) représente environ un millième de ce qu'une personne recevrait durant un voyage en avion de 2.000 kilomètres". "Cela signifie qu'elle n'aura pas d'effets sur la santé publique et qu'aucune mesure préventive n'est nécessaire" a-t-il ajouté.
Suite aux rejets radioactifs persistants de la centrale accidentée de Fukushima, la Chine a interdit la semaine dernière l'importation de fruits, légumes, produits laitiers et produits de l'aquaculture provenant des régions japonaises proches du lieu de l'accident.