L'Allemagne annonce la suspension de la culture du maïs génétiquement modifié MON810 de Monsanto.
Elle rejoint ainsi les cinq autres pays européens (France, Grèce, Hongrie, Luxembourg, Autriche) qui, contre l'avis de la Commission européenne, ont décidé d'arrêter la culture de ce maïs.
Le MON810 est le seul OGM cultivé dans l'UE. Il y a été homologué en 1998, pour dix ans. Le renouvellement de cette autorisation est en cours d'évaluation.

Pourquoi cette suspension ?
La ministre de l'Agriculture, Ilse Aigner, justifie cette décision par la possibilité que cette semence OGM, fabriquée par le géant agro-industriel américain Monsanto, puisse présenter des dangers pour l'environnement.
« Ce n'est pas une décision politique. Elle a été prise dans l'intérêt de l'environnement (...) nous avons mené une étude rigoureuse pour peser le pour et le contre », explique t'elle au cours d'une conférence de presse.
La ministre justifie cette décision par « de nouveaux éléments scientifiques ». En l'occurrence, « deux nouvelles études » qui avaient mené le Luxembourg à prendre une décision comparable fin mars.
Ces études mettaient en évidence des incidences de la culture du MON810 sur des organismes « non-cibles », qui n'avaient pas été étudiés jusque-là, ajoute le responsable des technologies génétiques au ministère de l'Agriculture, Wolfgang Köhler, citant en exemple les papillons et les coccinelles.

Quelles conséquences au niveau européen ?
Le passage de l'Allemagne dans le camp des réfractaires au maïs Monsanto pourrait faire définitivement pencher la balance à Bruxelles, où la Commission tente de contraindre les réticents d'autoriser la culture du MON810.
En effet, avec la France et l'Allemagne dans le camp des "anti", Bruxelles devrait avoir du mal à trouver la majorité qualifiée nécessaire (une majorité d'Etats représentant les deux tiers des habitants de l'UE) pour contraindre les récalcitrants à ce maïs OGM à en reprendre la culture.
M. Köhler souligne par ailleurs que les six pays qui refusent maintenant la semence de Monsanto étaient des producteurs de maïs, contrairement aux pays nordiques ou à la Grande-Bretagne, qui soutiennent la Commission. "Le rapport de force" n'est donc pas de 21 à 6, fait-il valoir.
Que va faire la Commission Européenne ?
A Bruxelles, une porte-parole de la Commission a simplement déclarée que la décision allemande serait "étudiée". Elle précise qu'avec "les données scientifiques adéquates, la Commission décidera des suites les plus appropriées à donner".
La prochaine contribution significative au débat sera l'avis que doit remettre l'Autorité européenne pour la sécurité des aliments (EFSA) sur la demande de renouvellement de l'autorisation décennale pour le MON 810. Sa publication, attendue initialement pour la fin du printemps, a été reportée, mais devrait intervenir avant fin 2009, d'après ce qu'un porte-parole de l'agence a déclaré début avril (cliquez ici pour en savoir plus sur la réaction de la Commission Européenne)
Pour connaître la réaction de la firme Monsanto, cliquez ici.