La journée mondiale de l'alimentaire, qui a lieu tous les 16 octobre, permet de mettre en avant les problèmes alimentaires dans le monde et de renforcer la solidarité dans la lutte contre la faim, la malnutrition et la pauvreté.
Cette journée a été proclamée en 1979 par la Conférence de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Elle commémore la date de la fondation de la FAO en 1945.
En 1980, l'Assemblée générale des Nations unies a considéré que "l'alimentation est une condition nécessaire à la survie et au bien-être de l'être humaine.
L'alimentaire...un besoin fondamental !
Le monde n'est pas condamné à la famine et à l'insécurité alimentaire mais il faut désormais mobiliser tous les leviers disponibles et réinvestir dans le secteur agricole, notamment dans le sud. Il faut bousculer les pratiques, changer les règles afin que le monde mange à sa faim. Il ne faut pas oublier que manger est un plaisir mais surtout une nécessité vitale.
"Le droit à l'alimentation est un élément essentiel pour la solution de la crise alimentaire et financière actuelle, une crise qui a touché de manière disproportionnée les personnes les plus vulnérables en les privant de leur accès à la nourriture et aux moyens de s'en procurer" a déclaré jeudi (15 octobre) Jacques Diouf, directeur général de la FAO. Sinon, gare aux émeutes !
Emeutes de la faim, plus jamais ça ?
En avril 2008, l'insécurité alimentaire avait provoqué des émeutes de la faim dans de nombreuses contrées de la planète en raison d'une hausse brutale des prix agricoles.
La hausse de la facture alimentaire a rendu inaccessibles les produits alimentaires de base aux populations pauvres.
En Afrique, la facture a augmenté de 74 % entre 2007 et 2008. Il faut savoir que les pays pauvres dépendent des importations alimentaires. De nos jours, la faim frappe avant tout les populations rurales et notamment des paysans qui ne parviennent pas à vivre de leurs productions.
L'agriculture vivrière, la grande perdante
L'agriculture vivrière, familiale et diversifiée est un secteur capital dans la lutte contre la faim et la pauvreté.
Alors pourquoi et comment cette culture a été mise de côté ?
Dans les années 1970, le Fonds Monétaire International et la Banque mondiale ont accordé des prêts aux Etats des pays en développement en contrepartie de l'adoption de "politiques d'ajustements structurels".
Ces pays ont été forcés à libéraliser leur agriculture, à éliminer les aides aux petits paysans et à favoriser les cultures d'exportation (coton, cacao...) au détriment des productions vivrières.
Pensant que ces pays pauvres ne pourraient jamais subvenir à leurs besoins, le Fonds Monétaire International et la Banque mondiale ont estimé que qu'il valait mieux que ces pays se spécialisent dans des cultures de rente et laisser aux marchés internationaux le bon soin de nourrir leurs populations !
Grosse erreur !
Cette libéralisation a surtout contribué à renforcer le pouvoir des multinationales de l'agro-alimentation. Elle a appauvrit les agriculteurs familiaux des pays pauvres en les mettant en concurrence directe avec des agricultures dont les moyens de production sont sans commune mesure (technique agricole, motorisation, subventions, accès au foncier et au marché...).
Aujourd'hui 80 % des pauvres dans le monde vivent en zone rurale. Depuis la Banque Mondiale a fait son mea culpa en reconnaissant avoir sous-investi dans l'agriculture durant 25 années.
Bousculer les pratiques, changer les règles
Les agricultures familiales et paysannes sont une réponse aux défis qui se posent au niveau mondial : nourrir l'humanité et protéger la planète. Les politiques doivent donc la soutenir.
Pour faire cesser le scandale de la faim, quatre défis majeurs sont à relever : avoir accès à la terre et à l'eau, consolider les services aux producteurs (crédits, semences et engrais...), favoriser le renforcement des organisations paysannes et protéger les producteurs du Sud d'une concurrence internationale déloyale.
Il faut aussi tisser un nouveau lien entre le producteur et le consommateur, entre l'alimentation et sa production. Il faut produire, transformer et consommer différemment.
Le niveau trop élevé des prix fait peser de graves menaces
Les prix des denrées alimentaires ont certes baissé mais ils restent encore trop élevés. Les projections de prix pour la période 2008-2017 signalent une augmentation
de 20 % environ pour le boeuf et le porc
de 30 % pour le sucre brut et le sucre blanc
de 40 % à 60 % pour le blé, le maïs et le lait écrémé en poudre
plus de 60 % pour le beurre et les graines oléagineuses
plus de 80 % pour les huiles végétales
Très inquiétant quand on sait qu'une augmentation de 1 % des prix des denrées de base plonge seize millions de personnes supplémentaires dans l'insécurité alimentaire.
Pourquoi le prix de ces denrées va-t-il autant augmenter ?
Plusieurs raisons peuvent expliquer ce phénomène :
des stocks faibles
des conditions climatiques plus instables en raison du réchauffement du climat
une demande industrielle de produits agricoles de plus en plus importante
une moindre réactivité de la demande des consommateurs aux fluctuations des prix payés aux producteurs au fur et à mesure que l'alimentation est de plus en plus constituée de produits transformés
Quand certains pays pillent certaines terres
Certains pays comme la Corée du sud ou les Etats du Golfe sont pauvres en surfaces cultivables. Par conséquent, ils vont racheter des millions d'hectares dans des pays comme Madagascar, le Cambodge ou encore le Soudan.
Voués à des cultures d'exportation en direction des pays "propriétaires" ces pratiques conduisent à l'expulsion des paysans locaux et aggravent les inégalités et la pauvreté. Dans ce contexte, il faut donc repenser les pratiques et les politiques agricoles et promouvoir des alternatives innovantes et des approches durables.