Une expérience scientifique, visant à piéger le carbone de l'atmosphère au fond des océans pour combattre le réchauffement climatique, a échoué à cause de l'appétit de petits crustacés. Les premiers résultats viennent d'être publiés à Berlin.

Modalités de l'expérience
L'expérience, menée par une mission scientifique germano-indienne à partir d'un navire dans les 40ème rugissants de l'Atlantique sud, visait à répandre six tonnes de fer sur une superficie d'environ 300 km², pour y faire fleurir des microalgues marines et évaluer leur potentiel comme réservoir de carbone.
« Comme prévu, ces ajouts de fer ont stimulé la croissance de phytoplancton dont la biomasse a doublé en deux semaines grâce à l'absorption de CO2 dans l'eau », expliquele docteur Wajih Naqvi, de l'Institut national océanographique indien.
Mais c'était sans compter sur le fait qu'un tel festin de phytoplancton allait attirer autant de petits prédateurs ! « L'explosion de phytoplancton a été limitée par une pression accrue de petits crustacés du zooplancton (copépodes,) qui se nourrissent de ces microalgues », selon M. Naqvi.
Par conséquent, « seule une petite quantité de carbone a été fixée dans les profondeurs », selon M. Naqvi.

Une expérience contestée
L'étude, baptisée Lohafex, a provoqué un vif débat en Allemagne, où les ministères de l'Environnement et de la Recherche s'étaient affrontés sur le bien-fondé de ces expériences.
Le ministère de l'Environnement avait estimé que l'expérience était en contradiction avec un moratoire sur la fertilisation artificielle des océans, décidé lors de la Conférence de l'ONU sur la biodiversité en mai 2008, à Bonn.
Le ministère de la Recherche et l'Institut AWI, invoquant une clause de la convention, avaient affirmé pour leur part que le moratoire ne concernait pas les « recherches scientifiques à petite échelle ».

Le saviez-vous ?
Le phytoplancton ?
Le phytoplancton est composé de microalgues marines, qui jouent un rôle clé dans le niveau mondial de carbone. Elles absorbent en effet le dioxyde de carbone situé dans l'eau et l'atmosphère autour d'elles.
Après une courte vie, les restes de ces organismes viennent se déposer sur le plancher océanique sous forme de sédiment.