BP a comme prévu commencé jeudi (5 août) la cimentation du puits dont la fuite a souillé le golfe du Mexique pendant plusieurs semaines. Il s'agit d'une des ultimes étapes pour condamner définitivement la fuite dans le golfe du Mexique, après le succès de la première phase de rebouchage.
"BP a commencé aujourd'hui à injecter du ciment (...) à 16h15 (heure française) dans le cadre de l'opération static kill", visant à condamner le puits d'où 780 millions de litres se sont échappés de fin avril à la mi-juillet, a indiqué le groupe pétrolier.
La chance est enfin du côté de BP ! Après plusieurs tentatives ratées, BP avait indiqué mercredi que la première phase de rebouchage du puits, appelée "static kill", avait été un succès. Les responsables ont toutefois décidé de maintenir l'opération "bottom kill" prévue à la mi-août. Le procédé consistera à mettre en service deux puits de secours pour cimenter définitivement le puits par en-dessous.
L'opération "static kill", consistant à injecter suffisamment de boue de forage pour repousser le pétrole au fond du puits et le condamner, avait commencé dans le golfe du Mexique mardi vers 22h00 (heure française). Elle s'est poursuivie pendant huit heures, la durée nécessaire aux ingénieurs du groupe pétrolier britannique pour mesurer la pression dans le puits après les injections de matières et s'assurer du succès de l'opération.
Une très bonne nouvelle pour M .Obama
Après le succès de l'opération static kill et les résultats positifs des tests, le président des Etats-Unis, Barack Obama, a estimé mercredi que la "lutte pour arrêter la fuite" de brut arrivait à son terme.
Il a qualifié cette opération de "très bonne nouvelle", saluant également un rapport officiel selon lequel "une grande majorité" du pétrole répandu en mer depuis avril "a été dispersé ou retiré de l'eau".
Un optimisme partagé
L'amiral Thad Allen a déclaré : "L'administration est très optimiste sur le fait qu'il n'y aura plus de fuite de pétrole dans la nature". Rappelons que 4,9 millions de barils de pétrole (soit 780 millions de litres) se sont échappés du puits depuis l'explosion le 20 avril puis le naufrage deux jours plus tard de la plateforme "Deepwater Horizon". 800.000 barils (127 millions de litres) ont été récupérés. Cette catastrophe, qui a touché les Etats américains de la Floride, la Louisiane, l'Alabama et du Mississippi, a fait onze morts. La fuite de brut avait été stoppée le 15 juillet grâce à la pose d'un entonnoir sur la tête de puits.
L'optimisme...
Environ trois quarts du brut qui s'est déversé dans le golfe du Mexique ont déjà été éliminés grâce aux moyens de lutte mécaniques et chimiques et à l'action autonettoyante de la nature, a déclaré Carol Browner, une responsable de la Maison Blanche pour les questions d'énergie et d'environnement. Mais 26 % du pétrole déversé dans le golfe du Mexique se trouve encore dans l'océan. Selon les scientifiques, il se dispersera rapidement.
Selon un rapport de l'Agence océanique et atmosphérique américaine (NOAA), 17 % des 4,9 millions de barils répandus ont été récupérés à la source même du puits. Le reste se décompose comme suit : 5 % ont été brûlés, 3 % récupérés en surface, 8 % dispersés par des solvants chimiques, 25 % se sont "évaporés ou dissous" et 16 % se sont "dispersés naturellement en fines gouttelettes".
"Ces gouttelettes sont si fines qu'elles ne remontent même plus à la surface : elles vont rester dans l'eau, jusqu'à être dégradées par les bactéries, particulièrement nombreuses dans le Golfe" explique l'expert français George Peigne, directeur adjoint du Centre de documentation, de recherche et d'expérimentation sur les pollutions accidentelles des eaux.
On dit merci "les bactéries"
"Les bactéries ont une action de biodégradation bien connue qui permet aussi de dégrader des déchets humains, par exemple. On a même vu des bactéries attaquer à certains endroits le bitume des routes" ajoute-t-il. Il faut savoir que les bactéries prolifèrent dans les eaux du Golfe du Mexique en raison des activités d'extraction pétrolière et de la température chaude des eaux, qui favorisent leur développement, poursuit George Peigne. Par ailleurs, l'effet même de l'agitation de l'océan aide à disloquer le pétrole.
... et le pessimisme
Jane Lubchenco, la directrice de l'Agence océanique et atmosphérique américaine, a dit rester inquiète "de l'impact à long terme" de la marée noire sur l'écosystème qui pourrait se faire ressentir "pendant des années et peut-être des décennies". Selon un sondage réalisé par le Centre national de préparation aux catastrophes auprès de 1.200 habitants des zones concernées, 40 % d'entre eux disent avoir été touchés directement, 20 % rapportant des conséquences économiques.
Les conséquences sur l'environnement de la marée noire pourraient se faire ressentir pendant des décennies
La flore et la faune sous-marines ayant été touchées par le pétrole déversé pendant trois mois lors de cette marée noire subiront en termes de population les effets de la pollution "pendant des années, et peut-être des décennies" a précisé la directrice de l'Agence océanique et atmosphérique américaine. Elle s'est toutefois voulue optimiste sur les conséquences de la pollution sur les produits de la mer destinés à la consommation humaine, soulignant que ces organismes dégradaient naturellement les hydrocarbures en quelques semaines.