Scénario catastrophe pour BP et pour le Golfe du Mexique. L'opération de colmatage de la fuite par laquelle s'échappe en masse le pétrole a échoué. La boue et les débris injectés sous très haute pression dans le tuyau éventré n'auront pas tenu et surtout pas permis de cimenter définitivement la brèche. Si il semblait bien vendredi que le pétrole ne s'écoulait plus de la fuite , le groupe pétrolier restait extrêmement prudent et estimait qu'il faudrait au moins 48 heures pour confirmer la réussite de l'opération de colmatage.
Le brut ne s'écoulait plus mais la question était de savoir si la boue et les fluides épais injectés dans le puits allaient tenir. BP avait en effet injecté des débris dans le puits de pétrole pour boucher la fuite. L'injection à haute pression de ces débris s'ajoutait à une opération délicate lancée mercredi par BP consistant à envoyer dans le puits une solution faite d'eau et de matières solides avant de le sceller.
Depuis mercredi (26 mai), BP tentait de colmater ce puits d'où s'écoulait du pétrole et du gaz après l'explosion et le naufrage de la plateforme "Deepwater Horizon" le 20 avril. L'opération, baptisée "top kill", consistait à injecter depuis un bateau mouillant en surface une solution faite d'eau, de matières solides et de barite, un minerai, dans deux conduits qui mènent à la valve anti-explosion du puits, puis de sceller le puits avec du ciment. Une opération de ce genre n'avait jamais été tentée à une telle profondeur (sous 1.500 mètres d'eau).
Des chiffres jusqu'à présent erronées
Selon une estimation d'experts mandatés par le gouvernement américain, 2 à 3 millions de litres de pétrole s'échappaient chaque jour depuis le début de la marée noire, soit trois à quatre fois plus qu'estimé jusqu'ici.
Ainsi, entre 70 et 110 millions de litres de pétrole se seraient écoulés dans le golfe du Mexique depuis l'explosion de la plateforme il y a 37 jours. La vidéo en cliquant ici
A titre de comparaison, lors de la catastrophe de l'Exxon Valdez au large de
l'Alaska en 1989, la pire marée noire américaine, 11 millions de brut s'étaient
déversés en mer.
"Nous ne connaîtrons pas de repos tant que ce puits ne sera pas fermé"
Le président des Etats-Unis Barack Obama a promis mercredi que son gouvernement ne "connaîtrait pas de repos" tant que la source de la marée noire ne serait pas tarie et que les opérations de nettoyage ne seraient pas terminées.
Il a rappelé que son équipe "consultait activement" des scientifiques et des techniciens pour envisager toutes les mesures possibles afin de circonscrire le désastre. "Nous ne connaîtrons pas de repos tant que ce puits ne sera pas fermé, l'environnement réhabilité et le nettoyage complet".
Le président Barack Obama doit se rendre vendredi en Louisiane, l'Etat le plus touché par la marée noire. Le gouverneur de Louisiane, le républicain Bobby Jindal, a annoncé mercredi que la marée noire s'étendait désormais à "plus de 100 miles (160 km) de côtes" et a pressé les autorités d'agir.
Danger pour l'industrie de la pêche et du tourisme
Le fragile écosystème des marécages de Louisiane est un lieu de reproduction pour les poissons, crabes et crevettes qui représentent 2,4 milliards de dollars par an pour l'industrie de la pêche et du tourisme.
Au marché de Biloxi, une ville côtière de l'Etat voisin du Mississippi, le prix des crevettes a augmenté de 10 % depuis le début de la crise, selon des vendeurs.
"Si le pétrole arrivait sur les côtes au nord, cela pourrait devenir un gros problème" explique Scott Mareno, alors que les autorités américaines ont étendu mardi à 22 % la portion des eaux territoriales américaines interdites à la pêche dans le golfe du Mexique
BP n'a pas tenu compte des signes avant-coureurs
Le directeur général de BP Tony Hayward a reconnu mercredi (26 mai)que "sept défaillances" étaient apparues avant l'explosion de la plateforme.
Selon des élus du Congrès américain, l'explosion a été précédée de trois signes avertissant de l'imminence d'un danger dans l'heure précédant cette catastrophe qui pourrait constituer la pire marée noire de l'histoire des Etats-Unis.
Les trois signes avant-coureurs qui auraient du alerter les équipes
Selon les représentants Henry Waxman et Bart Stupak, le premier avertissement est arrivé "51 minutes avant l'explosion". Il s'est déclenché car "la quantité de liquides sortant du puits est devenue plus importante que celle pompée à l'intérieur du puits".
Dix minutes plus tard, un autre signal s'est déclenché. Bien qu'il ait été fermé pour effectuer un test, "le puits a continué à s'écouler et la pression dans le conduit de forage a augmenté de façon inattendue".
Le dernier avertissement est intervenu 18 minutes avant l'accident, ont expliqué les parlementaires. A ce moment-là "une pression anormale" a notamment été observée et a conduit à la fermeture de la pompe.
Ces révélations coïncident avec l'annonce mercredi par des médias locaux que l'oléoduc trans-Alaska, en partie détenu par le groupe BP, était fermé mercredi après une fuite de pétrole qui s'est déversée dans un bac de rétention.
La Chambre des représentants américaine a adopté mercredi à l'unanimité une résolution rendant hommage aux 11 morts de la plateforme et présentant "les condoléances de la nation aux familles".
La zone interdite à la pêche étendue
Les Etats-Unis ont ajouté 20.000 km2 à la zone interdite à la pêche dans le golfe du Mexique à cause de la marée noire qui souille les eaux poissonneuses de la région.
Cette mesure porte à 140.000 km2 la superficie totale fermée à la pêche dans le golfe du Mexique par les autorités américaines, soit un peu plus que la taille de la Grèce, a indiqué l'Agence maritime américaine NOAA.
Selon NOAA, "77 % des eaux américaines" du golfe du Mexique restent néanmoins ouvertes à la pêche. La pêche est un des piliers de l'économie locale de la Louisiane et du Mississippi, Etats riverains du golfe du Mexique dont les côtes sont déjà souillées par la marée noire, ou menacent de l'être.
Problèmes de santé pour des pêcheurs
Les 125 bateaux de pêche participant aux opérations de nettoyage de la marée noire au large de la Louisiane ont été rappelés car quatre membres d'équipages ont signalé des problèmes de santé, ont indiqué jeudi des responsables.
Ces personnes à bord de trois bateaux "ont dit avoir souffert de nausées, de vertiges, de maux de tête et de douleurs à la poitrine" mercredi, ont précisé les gardes-côtes.