La Socatri, conformément à la demande de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), va fermer une partie de sa station de traitement d'effluents uranifères, située sur le site nucléaire de Tricastin, à la suite de l'incident survenu au début de la semaine. Une fuite d'uranium s'est en effet produite dans la nuit de lundi à mardi lors d'un transfert entre deux cuves. 74 kilogrammes d'uranium avaient fini leur course dans plusieurs cours d'eau du département du Vaucluse. Quelques heures auparavant, l'ASN avait demandé à cette filiale d'Areva de suspendre l'activité de cette station et de prendre des mesures immédiates de mise en sécurité. Dans son rapport, l'ASN a fait état d'une série de dysfonctionnements et de négligences humaines dans la gestion de l'incident.
La bonne nouvelle est que l'uranium, qui s'est échappé d'une cuve de la société Socatri, n'a pas contaminé l'eau de la nappe phréatique autour du site nucléaire du Tricastin. L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire a fait savoir : "S'agissant des eaux des nappes phréatiques, les concentrations en uranium mesurées ne montrent pas jusqu'ici de contamination liée au rejet accidentel survenu dans la nuit de lundi à mardi". Cependant des valeurs anormales ont été constatées dans des cours d'eau pourtant éloignés de la Socatri.
Est-ce une contamination ancienne provoquée par cette même société ? Des recherches approfondies vont être effectuées.
SUITES JUDICIAiRES :
Mercredi 16 juillet à 12h45 : L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a transmis au parquet le procès-verbal d'infraction établi suite à l'inspection du site nucléaire.
LES RECENTES DECLARATIONS :
Mercredi 16 juillet à 18h10 : Anne Lauvergeon, patronne d'Areva, qui se rendra sur le site vendredi, a annoncé q'un "audit interne et une inspection générale sont en cours" avant d'ajouter : "toutes les conséquences seront tirées par le groupe et d'éventuels manquements pourront être sanctionnés".
Mercredi 16 juillet à 14h40 : La Socatri affirme qu'aucun lien ne peut être établi entre la présence, sur le site de Tricastin, de déchets militaires anciens et l'incident de la semaine passée. Elle déclare également que ces déchets "ne constituent pas un risque sanitaire pour les populations". Cette déclaration intervient alors même qu'un rapport d'experts met l'accent sur une concentration anormale d'uranium à différents points du site, dont l'origine serait antérieure à la fuite.
Vendredi 11 juillet à 14h00 : le réseau "Sortir du Nucléaire s'en est pris à l'Autorité de sûreté nucléaire : "Elle est en train d'essayer de se couvrir car elle est au moins aussi responsable que la Socatri. L'ASN a perdu de longues heures avant de lancer l'alerte. Soit l'ASN a été défaillante au niveau de ses contrôles, soit elle a été complice du fonctionnement de cette installation dans des conditions tout à fait déplorables... L'ASN est surtout là pour que l'industrie nucléaire puisse continuer quoiqu'il arrive" a déclaré à l'AFP Stéphane Lhomme, porte-parole de ce réseau.
Vendredi 11 juillet à 13h00 : "La Socatri a pris acte de la décision de l'ASN. Ses décisions s'imposent à nous. C'est un accident. On est dans des circonstances anormales, la cuve n'aurait pas dû fuir. On va faire en sorte que ce genre d'incident ne se reproduise plus" a avoué Hugues Blacher, porte-parole de la société Socatri.
Vendredi 11 juillet à 11h30 : l'ASN a donné des précisions : "Cette décision impose à Socatri de suspendre l'arrivée d'effluents dans la station de traitement à l'origine de la pollution et de prendre des mesures immédiates de mise en sécurité. Nous avons noté une série de dysfonctionnements et de négligences humaines qui n'est pas acceptable. Le bac de rétention fissuré depuis le 2 juillet n'a pas été réparé alors que l'exploitant connaissait l'existence de cette fissure".
Jeudi 10 juillet à 19h00 : Le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo a estimé "qu'il n'y avait pas de danger immédiat pour la population".
Jeudi 10 juillet à 12h00 : les derniers prélèvements réalisés dans les eaux souterraines, dans les forages privés et les plans d'eau après une fuite radioactive d'uranium lundi près de la centrale nucléaire de Tricastin ne montrent pas d'évolution anormale de la teneur en uranium par rapport au niveau naturel. L'Autorité de sûreté nucléaire a toutefois demandé de nouvelles études et la mise en place d'un plan de surveillance. Les mesures réalisées dans les rivières de Gaffière et de Lauzon sont aussi rassurantes puisqu'elles montrent aussi une diminution rapide de la teneur en uranium.
RAPPEL DES FAITS
Lundi 7 juillet 2008 à 23h00 : un rejet accidentel d'effluents contenant 74 kg d'uranium dans des cours d'eau a eu lieu sur le site nucléaire du Tricastin (Vaucluse). Des mesures de précaution ont été immédiatement prises puisque la consommation d'eau potable, issue de captages privés sur les communes de Bollène, Lapalud et Lamotte-du-Rhône, la pêche, les activités nautiques, la baignade et l'irrigation agricole sont interdites jusqu'à nouvel ordre, dans plusieurs communes voisines. "Le risque sanitaire est effectivement faible, mais cet incident, non négligeable, fait suite à un nombre croissant d'autres incidents, montrant une dégradation de la gestion des déchets sur un site pourtant appelé à se développer" avait déclaré Corinne Castanier, présidente de la Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité (Criirad).
Cet incident, qui fait suite à un dysfonctionnement d'une installation, s'est produit lors du nettoyage d'une cuve de rétention de l'usine Socatri, filiale de retraitement des déchets du géant français du nucléaire Areva. Cet incident a été déclaré niveau 1 par l'exploitant, c'est-à-dire au bas de l'échelle INES qui évalue la gravité des évènements touchant les installations nucléaires et qui en compte 7. La société Socatri a précisé qu'une décontamination des sols et des canalisations avait été engagée.
La quantité d'uranium présente dans les eaux de surface situées autour de la centrale nucléaire a été réduite par trois selon les dernières mesures effectuées. Ce matin 9 juillet à 6h30, le point maximal de concentration a été relevé à 31 microgrammes d'uranium par litre alors qu'il était de 90 microgrammes le 8 à 22h00. Malgré cette diminution, les valeurs restent supérieures à la normale : 15 microgrammes par litre selon les normes de potabilité de l'eau de l'OMS et 2 à 5 microgrammes pour les valeurs habituelles mesurées.
Depuis ce rejet, des analyses ont été réalisées et les résultats seraient rassurants pour l'environnement et la population. Cependant, le Réseau "Sortir du nucléaire" n'est pas aussi rassurant : Il est impossible qu'un tel rejet, contenant de l'uranium, n'ait pas de conséquences importantes sur l'environnement et sur la santé des riverains. Il y a eu vraisemblablement mise en danger délibérée de la population, avec de possibles contaminations".

L'association Criirad reste également sur ses gardes car elle estime que "la quantité d'uranium rejetée lors de ce seul incident dépasse plus de 100 fois le maximum que cette entreprise est autorisée à rejeter pendant une année entière. Et nos premiers calculs ne prennent pas en compte l'éventuelle présence d'uranium de retraitement, dont le rejet est totalement interdit".
LES REACTIONS EN CHAINE
Jeudi 10 juillet à 11h45 : L'ASN avait rappelé à l'ordre la Socatri pour des fuites et des écarts répétés à ses autorisations de rejets chimiques et radiologiques en 2007. Dans un rapport, l'ASN précise que "la canalisation qui évacue les effluents liquides de Socatri, du fait de son ancienneté, a fait l'objet de fuites répétées en 2007. L'ASN avait demandé à Socatri de la remplacer au plus vite. La Socatri avait aussi dépassé de 5% sa limite annuelle de rejet en carbone 14 gazeux. L'ASN a enfin rajouté : "Bien que tous ces écarts n'aient pas de conséquences sur les personnes et l'environnement, nous considérons qu'ils ne sont pas acceptables et nous demandons à Socatri plus de rigueur dans le respect de ses autorisations de rejets chimiques et radiologiques".
Mercredi 9 juillet à 21h00 : le président du PS de la région Provence Alpes Côte d'Azur, Michel Vauzelle, s'est dit préoccupé par les risques encourus par la population à la fuite de cette fuite d'uranium : "Cet incident rappelle l'exposition de la région PACA à toute une série de risques majeurs nécessitant une réponse de l'Etat. L'Etat doit protéger les personnes et les biens contre les risques notamment nucléaires. Il lui appartient aussi de prendre les mesures de prévention qui s'imposent..".
Mercredi 9 juillet à 20h00 : La Socatri a rejeté ces accusations selon lesquelles elle aurait tardé à mesurer l'importance de la fuite d'uranium : "Des effluents ont été identifiés dans une cuve le lundi à 23h00 mais qu'il n'y avait pas de débordement. Le débordement des effluents au niveau du sol n'est apparu que vers quatre heures du matin le mardi. C'est alors que des prises d'échantillons ont été lancées et la préfecture et les autorités de sûreté ont été prévenues" a avoué la directrice de la Communication, Catherine Dalverny. Elle a ensuite ajouté : "Les mesures faites dans les nappes phréatiques ne montrent rien d'anormal. Il appartient maintenant aux autorités de décider de lever ou non les mesures de précaution".
Mercredi 9 juillet 2008 à 17h24 : Marie-Claude Bompard, maire de la ville de Bollène assure que ses administrés gardent leur calme. Elle avoue néanmoins que la mairie a dû répondre à bon nombre d'interrogations, notamment à propos de la contamination de l'eau. Pour le moment seule l'eau issue des captages privés est interdite à la consommation.
La CGT réclame que "toute la lumière soit faite" sur cet incident et ses conséquences.

Mercredi 9 juillet 2008 à 16h04 : la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) demande "une enquête publique et indépendante" sur l'incident et ses "conséquences sur la faune et la flore" de cette partie du Vaucluse. Le parti politique dénonce "l'absence de transparence propre au lobby pro-nucléaire".

Mercredi 9 juillet 2008 à 14h57 : Greenpeace a dénoncé le recours à l'énergie nucléaire. A l'heure où le président Nicolas Sarkozy a annoncé la construction d'un deuxième EPR, l'organisation estime que : «Cet accident démontre que le nucléaire n'est pas une énergie propre». Pour les responsables de Greenpeace, l'incident mérite d'être classé en niveau 3 dès lors qu'il y a eu atteinte à l'environnement.
Mercredi 9 juillet 2008 à 14h00 : le président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a déclaré : «L'exploitant n'a pris la mesure de l'importance du rejet qu'à midi. L'ampleur du rejet a été constatée par la mesure de la radioactivité dans l'environnement». L'ASN, qui avait semble t-il demandé à Socatri d'effectuer des travaux dès 2007, n'a pas exclu de procéder à des sanctions L'ASN a fait savoir que l'incident s'était produit le 7 à 23h00 alors que la société Socatri n'a fait suivre l'information que le lendemain à 7h30.

Mercredi 9 juillet 2008 à 13h41 : le secrétaire d'état allemand à l'environnement, Michael Müller, a déclaré : "Ce n'est pas une bagatelle quand de l'uranium actif pénètre dans le sol. Cet incident montre que l'énergie nucléaire est une technologie à risque élevé". Ce commentaire n'est pas surprenant de la part du ministre allemand, hostile à l'énergie nucléaire. Rappelons que l'Allemagne a abandonné le nucléaire civil depuis dix ans.
Mardi 8 juillet 2008 à 19h00 : Evangelia Petit, responsable du service de presse de l'Autorité de sûreté nucléaire, a donné quelques précisions : "Une partie de la solution s'est déversée sur le sol à l'intérieur de l'établissement, une autre partie s'est diluée dans ces deux cours d'eau via le réseau fluvial et la troisième n'a pas atteint la nappe phréatique". Cette dernière a également ajouté : "Il ne s'agit pas d'un incident nucléaire mais d'un incident environnement".
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