En provenance de Fukushima dans le nord-est du Japon, une bonne ou une mauvaise nouvelle nous sont parvenues. Commençons par la mauvaise, les rejets volontaires d'eau contaminée étaient toujours d'actualité mercredi (6 avril). Ces rejets aggravent le risque d'une pollution de la chaîne alimentaire marine. Mais je vous ai aussi promis une bonne nouvelle : une fuite d'eau hautement radioactive provenant de la centrale accidentée et qui s'écoulait dans l'Océan Pacifique, a enfin été colmatée.
Après plusieurs jours d'efforts infructueux pour boucher une brèche de 20 centimètres dans une fosse technique située au bord de l'océan Pacifique, les techniciens de Tepco ont trouvé la solution mardi en injectant dans le sol du verre soluble (silicate de sodium).
Cet agent chimique a pour propriété de se solidifier au contact de l'eau. Un volume important d'eau très contaminée, provenant du réacteur 2, s'échappait de cette fosse, à un rythme estimé à sept tonnes par heure. Cette fuite était à l'origine d'une élévation importante du taux d'iode radioactif 131 dans les prélèvements d'eau de mer, à proximité de la centrale.
Le risque de contamination de l'environnement marin n'est pas écarté
Les opérations de rejet en mer de 11.500 tonnes d'eau faiblement radioactive, selon Tepco, se poursuivaient mercredi, pour la troisième journée consécutive, en face de la centrale et à 250 kilomètres de Tokyo.
L'évacuation de cette eau dans l'océan Pacifique, où les radioéléments sont censés se diluer, est nécessaire pour libérer des cuves de stockage destinées à être remplies d'eau hautement radioactive qui s'est accumulée dans les installations et les galeries techniques des réacteurs 2 et 3.
Un taux limite de radioactivité pour les produits de la mer fixé
Cette eau polluée contient notamment de l'iode 131, dont la durée de vie se réduit de moitié tous les huit jours, et surtout du césium 137, qui lui reste actif pendant des décennies. Les experts craignent que la chaîne alimentaire marine ne soit contaminée en amont, à travers le plancton qui est consommé par les poissons.
Pour rassurer la population nippone, le gouvernement a fixé un taux limite de radioactivité pour les produits de la mer, similaire à celui établi pour les légumes. Au-delà de 2.000 becquerels/kg pour l'iode 131 et de 500 becquerels pour le césium 137, les poissons seront considérés comme impropres à la consommation. Les rejets massifs d'eau polluée dans l'océan risquent de peser encore sur les exportations de produits frais du Japon.
Haro sur les produits japonais en Inde
L'Inde a décrété mardi une interdiction totale des importations de produits alimentaires japonais, pour une durée de trois mois éventuellement renouvelable.
Il s'agit du premier pays à appliquer une telle décision, alors que la Chine, Taïwan, Singapour, la Russie et les Etats-Unis ont limité leurs interdictions aux produits venant de certaines régions du Japon.
L'Union européenne, qui a introduit depuis le 24 mars des contrôles à l'entrée des produits venant de ces régions, a décidé d'abaisser le niveau de radioactivité autorisé en s'alignant sur les normes du Japon. L'Union européenne appliquait jusqu'ici les plafonds de radioactivité fixés en 1987, après la catastrophe de Tchernobyl.
Rétablissement de l'alimentation électrique... c'est pour quand ?
A la centrale de Fukushima, les techniciens ont encore du pain sur la planche puisqu'ils s'efforcent de rétablir l'alimentation électrique et des circuits de refroidissement, condition indispensable pour empêcher les barres de combustible d'entrer en fusion, ce qui provoquerait un cataclysme nucléaire.
En attendant une autre bonne nouvelle, ils doivent continuer à injecter chaque jour des centaines de tonnes d'eau dans les réacteurs et les piscines de combustible usé pour les maintenir à température, un "lessivage" qui est à l'origine des énormes inondations d'eau contaminée dans les bâtiments et les galeries techniques souterraines.