Une seule espèce de requins, le requin taupe, sur quatre proposées, a obtenu mardi (23 mars) la protection de la CITES. Sa population s'est effondrée de 80 % ces dernières décennies.
En revanche, le requin-marteau, le requin océanique (ou requin à longue nageoire) et l'aiguillat commun, consommé en Europe sous le nom de saumonette, ne seront pas placés à l'Annexe II de la Convention sur le commerce international des espèces sauvages menacées, qui aurait permis de réguler les exportations. Ainsi en a décidé la conférence de la CITES réunie jusqu'au 25 mars à Doha.
Trois espèces de requin pourtant en danger critique
Pêchées pour leurs ailerons ou leur viande, elles figurent sur la liste rouge de l'Union mondiale pour la conservation de la nature comme espèce "mondialement en danger", et même en "danger critique" pour le requin océanique en Atlantique-Ouest.
Leur population sur le déclin
Ces grands poissons à maturation lente ne se reproduisent que tous les deux ans et leur population a diminué de 70 % pour le requin océanique et 83 % pour le requin marteau au cours des deux dernières décennies, en raison de la surpêche et des prises "accessoires" (accidentelles).
Matt Rands, l'expert requins de l'ONG Pew environment group, a réagi : "Si vous retirez un prédateur majeur comme le requin, vous détruisez tout l'équilibre des océans. Les scientifiques commencent tout juste à envisager les conséquences d'une telle disparition : nous sommes là face à un effondrement sur une période relativement courte de moins de 30 ans" a-t-il insisté.
Qui sont les nouveaux grands prédateurs de l'océan ?
"La stratégie de reproduction des requins a parfaitement fonctionné depuis 400 millions d'années. Le problème c'est qu'ils ne sont plus les plus grandes prédateurs des océans : c'est nous".
Les prises du requin-taupe régulées...
A Doha, la conférence de la CITES a en revanche décidé d'inscrire le requin taupe à l'Annexe II de la Convention sur le commerce international des espèces sauvages, autorisant ses exportations mais sous contrôle. Ce requin est surtout pêché dans les eaux tempérées puis et considéré comme "en danger" dans l'Atlantique nord-est. L'Union européenne a d'ailleurs fermé en 2009 ses pêcheries de requin taupe, recherché pour ses ailerons et sa viande, a-t-elle rappelé.
Les chiffres
Chaque année, jusqu'à 73 millions de requins sont pêchés dans le monde, dont beaucoup sont rejetés à la mer après découpage de leurs ailerons vendus jusqu'à 100 dollars le kilo sur le marché de Hong Kong.
"4.200 tonnes de requins-marteau ont été officiellement rapportées à la FAO en 2007, mais l'analyse du commerce d'ailerons laisse penser que 49.000 à 50.000 tonnes ont été réellement pêchées cette année-là" assure Anne Schrooer, économiste de l'ONG Oceana.