Des scientifiques français partent mercredi (3 novembre) pour le parc national de Dzanga-Ndoki en Centrafrique pour y découvrir de nouveaux insectes et étudier notamment le mythique papillon géant "Papilio antimachus".
"Nous n'avons aucune donnée entomologique" sur cette zone de lacs, explique Philippe Annoyer, le coordinateur général de la mission "Sangha" montée par l'association Insectes du Monde qui espère recueillir une moisson de nouveaux spécimens.
Philippe Annoyer ne rentre jamais bredouille
En 2008 une expédition, effectuée près de la rivière Sangha dans la même région d'Afrique centrale, avait permis à Philippe Annoyer de rapporter 120.000 insectes. Parmi eux, 13 nouvelles espèces, dont 10 de fourmis, une de papillon de jour, une de bousier et une de mante avaient été identifiées.
Cette expédition, qui comprend également un botaniste et un ornithologue, sera accompagnée de chercheurs de l'université de Bangui, de pygmées connaissant bien la région et sa faune, ainsi que d'une soixantaine de personnes, chargées de convoyer sur place une tonne et demie de matériel. Ils navigueront en pirogue, sur la Sangha à partir du bourg de Bayanga, avant de frayer son chemin pendant six jours au cœur de la forêt du bassin du Congo.
Comment vont-ils procéder une fois sur place ?
Les scientifiques, qui travailleront dans des arbres de 40 à 60 mètres de haut, seront juchés sur une plateforme spéciale en toile qui permet de pénétrer à l'intérieur de l'entrelacs de branches pour observer les insectes dans leur milieu naturel.
L'entomologiste Philippe Annoyer prospectera la ramure de la base au sommet, pour déterminer quels insectes vivent sur les mousses, lichens, orchidées ou fougères croissant sur les branches.
"Les insectes sont de très bons indicateurs de la biodiversité et de ses changements" car la présence de telle ou telle espèce révèle celle des plantes, des mammifères ou des oiseaux auxquels ils sont associés, explique Philippe Annoyer.
Les gros mammifère sont très difficilement visibles car la forêt est très dense et ils fuient à l'approche du danger. "Mais il existe une espèce de bousier qui ne mange que les excréments de l'éléphant. Si nous en observons une grande quantité, cela signifiera que ces mammifères sont nombreux dans la zone" note-t-il. En revanche, l'absence de tel autre insecte prouve celle de l'animal auquel il est lié.
Pour en savoir plus sur le "Papilio antimachus"
Ce lépidoptère, de couleur orange à rouge, toxique, figure parmi les plus grands papillons, pouvant atteindre une envergure de 20 à 25 centimètres.
Or "la femelle est rarissime et ne vit que dans la cime des arbres : on ne connaît pas sa biologie. Ses oeufs, la chenille, la chrysalide, sont inconnus" raconte-t-il. "Je souhaiterais vraiment trouver sur quelle plante vit la chenille, découvrir si la toxicité de la plante hôte et de l'insecte est la même" dit-il.