Sous l'effet du changement climatique, la chenille processionnaire du pin, très urticante, voyage beaucoup trop.
Elle opère un mouvement progressif et continu vers le nord
"En Europe, son aire de répartition s'étend depuis le début des années 90 vers le nord et en altitude" constate Jérôme Rousselet, entomologiste à l'Institut national de recherche agronomique, à Orléans.
En France, la chenille processionnaire (Thaumetopoea pityocampa) a gagné un front qui s'étend de la Manche à Chartres, Melun, Auxerre puis des vallées de la Saône et du Rhône.
"Depuis le début des années 90 et son installation en région Centre, elle opère un mouvement progressif et continu vers le nord qui concorde avec l'augmentation constatée des températures en hiver" d'environ un degré en moyenne. "Elle est pour nous un vrai témoin du changement climatique" a ajouté Jérôme Rousselet.
En Ile-de-France, elles sont apparues la semaine dernière avec les beaux jours
Installée tout l'hiver dans un cocon de fils de soie en suspension dans les pins, la chenille n'en descend généralement que pour s'enterrer et se transformer en papillon de nuit.
Dans le sud, les processions commencent en janvier/février, voire décembre dans les Landes, et dans le nord plutôt en mars/avril.
En Ile-de-France, "elles sont apparues la semaine dernière avec les beaux jours" indique Céline Magen de la Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles. La forêt de Fontainebleau en est infestée et l'alerte a également sonné à Marne-la-Vallée.
Chez le bétail, l'urticaire peut être confondu avec la fièvre aphteuse ou la maladie de la langue bleue
La chenille est la plus urticante lors des processions. Pour les animaux domestiques, la rencontre peut provoquer une nécrose de la truffe et de la langue. "Chez le bétail, l'urticaire peut être confondu les premières heures avec la fièvre aphteuse ou la maladie de la langue bleue" relève Jérôme Rousselet.
"On a favorisé son implantation en plantant des pins partout, notamment en ville, multipliant les risques de contact. La Beauce aurait dû constituer un obstacle naturel, elle est au contraire devenue un corridor" ajoute-t-il.
Le saviez-vous ?
Le mâle-papillon peut voler jusqu'à 50 kilomètres (3 à 4 kilomètres seulement pour une femelle).
Selon Jérôme Rousselet, les chenilles, qui ont colonisé Marne la-Vallée, sont originaires du sud-ouest pas du front nord. Par conséquent, leur introduction est accidentelle. Elles auraient été acheminées lors du transport d'arbres adultes.
Pour freiner l'introduction de cette espèce envahissante, il y a les coucous, les mésanges et les huppes fasciées. Seuls ces oiseaux peuvent dénicher et avaler l'insecte sans se brûler à ses poils urticants, qui peuvent affecter les humains et les animaux domestiques.
"En plantant des haies de feuillus entre les pins, on dresse un écran physique entre les arbres hôtes et non-hôtes"
Mais les chercheurs multiplient les obstacles à son développement car la chenille processionnaire du pin s'attaque aux arbres aussi. Le département d'entomologie forestière d'Hervé Jactel, à Bordeaux, recommande la modification des pratiques de sylviculture : "En plantant des haies de feuillus entre les pins, on dresse un écran physique entre les arbres hôtes et non-hôtes". Il est d'ailleurs intéressant d'associer des chênes aux pins car la huppe fasciée, dont le long bec courbé est agile à déterrer les chrysalides, aime nicher dans ses vieux troncs. Des essais sont également pratiqués avec la constitution de "barrières chimiques", du répulsif épandu pour éloigner les insectes, poursuit Hervé Jactel.
L'idée est surtout d'intervenir le plus en amont possible
L'Institut national de recherche agronomique développe aussi une méthode de "piégeage sexuel" aux phéromones : en synthétisant l'odeur émise par les femelles, on attire les mâles sur des pièges à glue, une méthode qui renseigne aussi sur la densité de population grâce au nombre d'insectes capturés. "
On peut toujours répandre du Bt en forêt, un insecticide naturel sans impact environnemental. Mais il faut le faire juste après l'éclosion des larves, à un moment où on ne les repère pas forcément" indique Jérôme Rousselet.
"L'idée est surtout d'intervenir le plus en amont possible. Il n'y a certainement pas une méthode efficace, mais plutôt une association de différents moyens : tous agissent alors comme autant de lames de rasoirs qui repassent l'une après l'autre!".