La conférence de la CITES, la Convention sur le commerce international des espèces sauvages menacées, se tient jusqu'au 25 mars à Doha.
Elle va notamment s'attaquer au renforcement des restrictions au commerce des éléphants, des tigres, de certaines antilopes, des crocodiles, du rhinocéros africain, de l'ours polaire et de l'acajou...
Elle va aussi s'attaquer à la protection des grandes espèces marines comme les requins et surtout le thon rouge.
La bataille entre les participants risque d'être rude notamment entre les « pour » ou les « contre » l'interdiction du commerce international du thon rouge, dont les stocks ont décliné des deux tiers en 40 ans. Pour le secrétaire exécutif de la Convention, Willem Wijnsteker, le thon rouge de Méditerranée remplit tous les critères édictés par la CITES pour une inscription à l'Annexe I" de la Convention sur le commerce international des espèces sauvages menacées d'extinction
Le sort du thon rouge pourrait se jouer à Doha
Les Etats-Unis mais aussi l'Union européenne défendront l'interdiction du commerce international de ce grand prédateur, mais le Japon et les pêcheries industrielles, qui seront présentes à Doha, espèrent bien défendre leur business. Pour Tokyo, la CITES n'est pas qualifiée car le thon rouge n'est pas menacé d'extinction.
Monaco pour sauver le thon rouge
Une proposition déposée par la principauté de Monaco suggère l'inscription de ce grand prédateur marin à l'Annexe I de la Convention sur le commerce international des espèces sauvage menacées d'extinction (CITES). Si cette proposition était adoptée, les exportations/importations de thon rouge seraient totalement interdites, jusqu'à une reconstitution constatée des populations.
Le thon rouge se vend à prix d'or
Depuis des décennies, les pays pêcheurs sont incapables de ralentir la pêche pour un poisson qui peut atteindre jusqu'à 120.000 euros pièce sur le marché japonais.
Monaco justifie sa proposition par la disparition des deux tiers des stocks en Méditerranée entre 1957 et 2007 et de 82 % en Atlantique ouest entre 1970 et 2007.Depuis dix ans, les stocks de l'Atlantique est (auquel est rattachée la Méditerranée) se sont effondrés à leur tour.
Des prises... trop importantes
Selon les scientifiques de la Commission internationale pour la Conservation des Thonidés de l'Atlantique, la capacité des bateaux, qui pêchent en Méditerranée, "en provenance de l'Union européenne, du pourtour méditerranéen et d'Asie, dépasse très largement la capacité de production de la ressource".
Estimées de 50.000 à 60.000 tonnes/an, les prises sont deux à trois fois supérieures au potentiel de production du stock. A elles-seules, la France, l'Espagne et l'Italie enregistrent 50 % des captures déclarées.
Des milliers d'espèces déjà protégées
34.000 espèces d'animaux ou de plantes ont déjà été placées sous la protection de la CITES. Comment sont-elles protégées ? En interdisant tout commerce international (Annexe I) ou en l'encadrant strictement (Annexe II).
De nombreuses espèces marines, comme les baleines ou les tortues, figurent déjà sur cette liste. Les coraux rouges et roses pourraient les y rejoindre.
"Mais c'est la première fois que la Convention s'attèle à des espèces commerciales aussi emblématiques, dont les échanges annuels se chiffrent en milliards de dollars" souligne Sue Liberman, Directrice des Politiques internationales du Pew Environment Group à Washington.
Pour la Convention, le commerce des espèces sauvages n'est pas tabou
Elle reconnaît que ce commerce peut apporter un bénéfice aux communautés locales qui vendent leurs plantes ou leurs animaux. Mais elle vise à mettre de l'ordre quand une surexploitation débridée, doublée parfois d'une dégradation des habitats naturels, menace leur survie.
Selon la FAO, l'organisation de l'ONU sur l'alimentation et l'agriculture, "le potentiel maximum de pêche dans les océans a probablement été atteint".
Après le thon rouge, d'autres espèces sont au menu
Quatre espèces de requins font l'objet d'une demande de classement en Annexe II afin d'en réguler strictement le commerce : le requin marteau, le requin océanique et le requin taupe, recherchés pour leurs ailerons servis en soupe dans les banquets chinois et l'aiguillat commun, dont la chair, panée et frite, finit dans les barquettes des "fish & ships" anglais.
Selon Demian Chapman, de l'Institut des sciences océaniques de la Stonybrook University (New York), jusqu'à 73 millions de requins sont tués chaque année pour leurs ailerons.
Par ailleurs, l'éléphant d'Afrique, pour son précieux ivoire, refait l'actualité. Depuis 1989, son commerce est interdit sauf dans quatre pays d'Afrique australe où il se porte mieux (Afrique du Sud, Namibie, Swaziland et Botswana).
Mais cette année, la Tanzanie et la Zambie demandent à pouvoir mettre leurs stocks d'ivoire - respectivement 90 et 21 kilos - sur le marché.
Une coalition d'Afrique centrale et de l'ouest est contre car elle estime que le braconnage bat son plein chez certains d'entre eux comme le Tchad, où la population d'éléphants est passée de 3.800 environ en 2005 à 617 en 2009, selon le Fonds international de protection des animaux (IFAW). Le tigre et le rhinocéros seront aussi à l'ordre du jour, et les Etats-Unis ont réclamé une place pour l'ours polaire. Au total, 40 propositions seront étudiées d'ici au 25 mars.
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