C'est fait ! Jean-Louis Etienne a réussi la première traversée en solitaire du pôle Nord en ballon au terme d'un vol de 5 jours et 1h30 (depuis son départ dans l'archipel norvégien du Spitzberg). Il s'est en effet posé en Sibérie samedi à 07h40 heure française. Le ballon Generali Arctic Observer a atterri en douceur dans la toundra sibérienne, par un vent faible de 2 km/h seulement, à 280 kilomètres au nord de la ville russe de Batagaï, après avoir couvert une distance de 3130 kilomètres.
Les 121 heures et 30 minutes sont le premier temps de référence sur la distance.
Quelques difficultés rencontrées durant la traversée
Parti lundi (5 avril) de Longyearbyen à 06h10 heure française, il a d'abord rencontré une tempête de neige mercredi près du pôle Nord. Le lendemain, il a dû faire face à des problèmes d'énergie, ses panneaux solaires n'ayant pu recharger les batteries pendant la tempête.
Après deux journées au ralenti, avec une moyenne de 10 km/h, Jean-Louis Etienne a dû voler à très basse altitude, entre 100 et 300 mètres au-dessus de la banquise.
Une expédition à caractère scientifique
Durant cette première traversée en solitaire du pôle Nord, il s'est aussi livré à des mesures scientifiques de CO2, du champ magnétique, des particules en suspension et de l'ozone troposphérique.
"Il y avait des mesures automatisées et il y avait le photomètre (pour la densité de particules dans l'atmosphère). Je l'ai fait une seule fois.
Je n'ai pas fait beaucoup d'examens à cause du brouillard" a déclaré Jean-Louis Etienne. Il faut aussi rappeler que la température extérieure tournait autour de moins 30°C, il faisait 15°C à l'intérieur de la nacelle non pressurisée, grâce à un chauffage au propane.
Nouvel exploit pour cet aventurier des temps modernes
En 1986, ce médecin était entré dans l'Histoire en devenant le premier homme à atteindre le pôle Nord géographique en solitaire, harnaché à son traîneau. Il avait mis 63 jours dans le chaos de glace et de neige de la banquise arctique.
Satisfaction et soulagement au rendez-vous ce week-end
"C'est une énorme satisfaction et un soulagement. Il y a eu des moments difficiles pendant ce vol, je commençais à manquer de sommeil" a déclaré l'aventurier français. "Il était temps d'y mettre un terme pour savourer ce vol qui était long, difficile, mais tellement exaltant".
"(...) j'ai traversé les grandes étendues sibériennes. C'est immense. C'est là qu'on se rend compte qu'il y a des places sur terre qui sont encore vides. Je suis dans une zone totalement désertique. Il n'y a personne, que des étendues de neige et de glace, quelques forêts et rien d'autre », a ajouté le médecin-explorateur français.
Des images fortes et des frayeurs
"La première vue du Spielberg était magnifique. Ces sommets, ces immenses glaciers. Il n'y a pas un bruit, pas un souffle".
Il a connu quelques frayeurs aussi : "A un moment, j'ai été pris dans un rabattant et j'ai failli heurter une colline, je ne voyais rien à cause du brouillard, mais j'ai entendu le 'rocaillement' de la mer. C'est magique, ce murmure profond, sourd, avec les craquements des blocs de glace qui s'entrechoquent. A un autre moment, je me suis trouvé brusquement à 5000 mètres. Quand on passe de 125 à 5000 mètres d'un coup sans acclimatation, on a du mal à s'adapter".