Une étude montre que la théorie sur l'évolution de la vie marine vers la vie terrestre est sur le point de tomber à l'eau après la découverte d'empreintes de premiers vertébrés munis de pattes, les tétrapodes, en Pologne remontant à 397 millions d'années. Les traces retrouvées dans des sédiments marins datent en effet du Dévonien moyen (397-385 millions d'années), et précèdent de 18 millions d'années celles des plus vieux tétrapodes découverts jusqu'ici, selon les travaux publiés dans la revue Nature.
Ces premiers tétrapodes sont également plus vieux de 10 millions d'années que les plus anciens fossiles d'elpistostégaliens, une famille de poissons dont les têtes ressemblent aux tétrapodes mais qui sont dotés de deux paires de nageoires, pectorale et pelvienne. "On pensait qu'il y avait une transition des elpistostégaliens aux tétrapodes, un peu comme on passe des dinosaures aux oiseaux, par de petites modifications morphologiques extrêmement subtiles" a déclaré le paléontologue Philippe Janvier, du Muséum national d'histoire naturelle à Paris.
Suite à cette récente découverte, il apparaît que les deux genres de vertébrés seraient issus d'un ancêtre commun. La question se pose désormais de savoir à quoi ressemblait cet ancêtre. "Il semblerait qu'il ne ressemble ni à l'un ni à l'autre", selon Philippe Janvier qui les pense apparentés à une autre famille de poissons plus ancienne, les ostéolépides.
Une théorie qui tombe à l'eau !
Selon toute vraisemblance, les premiers tétrapodes n'auraient pas vécu dans des lacs d'eau douce et des deltas fluviaux mais dans des boues marines découvertes à marée basse ou des lagons de récifs de corail.
"L'environnement fluvial du Dévonien moyen n'aurait probablement pas fourni (aux tétrapodes) des sources de nourriture aussi abondantes et faciles à capturer" selon les auteurs de l'étude.
L'origine fluviale supposait que les tétrapodes auraient d'abord cherché leurs proies dans des eaux peu profondes avant d'être capables de s'aventurer sur terre pour en capturer mais cette hypothèse ne concordait pas bien avec l'évolution de leur morphologie et de leur dentition.