Le puissant séisme de magnitude 7, qui a quasiment rayé de la carte Port-au Prince en Haïti mardi, pourrait avoir fait des milliers de morts et les dégâts sont importants. La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a annoncé jeudi que ce séisme a fait "des dizaines de milliers de morts".
Haïti fait le décompte des morts et des dégâts
Des corps morts, des blessés et des tonnes de débris jonchent les rues de la capitale haïtienne.
Ce pays, qui est le plus pauvre du continent américain, compte sur l'aide internationale pour renaître de ses cendres : vivres, eaux, abris et premiers soins. "Une des choses inquiétantes, c'est que certaines personnes meurent de froid, de déshydratation ou de blessures qui auraient pu être facilement soignées" a relevé l'ancien président américain Bill Clinton, envoyé spécial de l'ONU pour Haïti.
Des milliers d'habitants ont passé la nuit de mercredi à jeudi dans les rues après avoir tout perdu : maisons, membres de leur famille... Le décor fait penser à un film catastrophe : cadavres innombrables à même le sol, bâtiments effondrés ou sérieusement endommagés par la violence de la secousse, voitures broyées, installations électriques détruites.
Le monde au secours d'Haïti
Un avion de la compagnie Icelandair s'est posé mercredi soir sur l'aéroport de la capitale, chargé de vivres, notamment de bouteilles d'eau.
Un avion cargo militaire canadien et un bâtiment des garde-côtes américains sont arrivés mercredi dans la baie de Port-au-Prince. Il sera suivi par un second bâtiment. Un porte-avions nucléaire américain était attendu jeudi. Le Pentagone a ordonné jeudi le déploiement d'une brigade de 3.500 soldats américains à Haïti, pour participer aux efforts humanitaires et aider à maintenir la sécurité après le séisme.
Aux abords des pistes, des centaines de kits de survie avec couverture, savon, barre énergétique, éponge, bouteilles d'eau rassemblés dans des sacs en plastique étaient entreposés. Le président Barack Obama a promis une intervention américaine "rapide, coordonnée et énergique" pour secourir ce pays dévasté.
La communauté internationale se mobilise pour aider les victimes
Trois avions de transport militaire français ont décollé mercredi de Fort-de-France (Martinique) avec une cinquantaine de personnes et du matériel humanitaire pour Port-au-Prince, puis un Airbus A310 a quitté la base aérienne d'Istres (France). La Sécurité civile va envoyer jeudi en Haïti un hôpital de campagne et une soixantaine d'infirmiers qui complèteront les détachements déjà sur place, a indiqué son porte-parole, le colonel Patrick Vailli. La France va également dépêcher deux navires militaires, dont l'un sera doté d'équipements chirurgicaux, a annoncé jeudi le président Nicolas Sarkozy.
Des sauveteurs canadiens, vénézuéliens ou chiliens, accompagnés de chiens, sont aussi attendus pour retrouver les éventuels survivants.
Des vivres et de l'argent vont affluer
Le Japon va offrir 3,5 millions d'euros et enverra des biens de première nécessité à Haïti, a annoncé jeudi le ministère des Affaires étrangères. Le Brésil doit expédier 28 tonnes d'aliments et d'eau potable et accorder une aide financière. La Colombie et la République dominicaine vont envoyer une équipe de secouristes spécialisés. Cuba a expédié une aide médicale d'urgence.
Le Guyana et Trinité-et-Tobago vont verser de l'argent. Le Mexique va envoyer trois avions et un navire-hôpital avec 70 tonnes de vivres ainsi qu'une centaine de sauveteurs, médecins et techniciens.
"Notre pays est détruit"
La Fédération internationale de la Croix-Rouge a lancé un appel de fonds préliminaire de 10 millions de dollars. La Banque mondiale s'est engagée à débloquer 100 millions de dollars supplémentaires pour Haïti, le Fonds monétaire international et la Banque interaméricaine de développement devraient faire de même.
Jean-Claude Bordes, chargé d'affaires d'Haïti au Japon, implore : "Notre pays est détruit. (...) Au vu du nombre de victimes attendues, plus de 100.000, nous avons besoin de vaccins contre le tétanos et contre les épidémies, ainsi que d'eau potable". Le Comité international de la Croix-Rouge va envoyer jeudi 40 tonnes de médicaments et kits médicaux en Haïti.
Le temps est en effet compté !
Olivier Bernard, président de Médecins du Monde, estime qu'une aide humanitaire "massive" doit arriver "dès ce soir" en Haïti si l'on veut sauver un maximum de vies, la période devenant "critique" 36 heures après le séisme. Il a rappelé : "pour sauver des vies, la prise en charge chirurgicale se fait idéalement dans les 48 premières heures".
Le directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn a annoncé jeudi que l'institution allait apporter une aide de 100 millions de dollars à Haïti.
La Commission européenne a débloqué trois millions d'euros d'aide d'urgence et activé son système de gestion de crise. Les Pays-Bas et l'Allemagne vont verser respectivement deux et un million et demi d'euros d'aide humanitaire, le Danemark 1,34 million d'euros.
La Grande-Bretagne va envoyer des experts sur place. La protection civile italienne va expédier une équipe de secours et un avion militaire belge avec une soixantaine de sauveteurs s'est envolé pour Haïti.
Le ministère russe des Situations d'urgence devait dépêcher un avion Il-76 avec à son bord 20 médecins ainsi qu'un hôpital de campagne aéroporté. Une aide alimentaire et médicale puis de l'argent devraient arriver respectivement de la Jordanie et de l'Australie.
Haïti paie un lourd tribut ?
Le président René Préval a parlé de plusieurs milliers de morts. "Le Parlement s'est effondré(...). Des hôpitaux se sont effondrés. Certaines écoles sont remplies de cadavres". De nombreuses personnalités haïtiennes étaient portées disparues ou encore ensevelies sous les décombres, mercredi : des ministres sont portés disparus et le président du Parlement, Kelly Bastien, se trouverait dans les décombres de l'assemblée, a dit Jocelerme Privert, un ancien ministre. L'archevêque de Port-au-Prince, Mgr Joseph Serge Miot a été tué dans l'effondrement de la résidence des évêques, située à proximité de la cathédrale, elle-même totalement détruite.
Le quartier général de la Mission de stabilisation des Nations unies en Haïti (Minustah) s'est écroulé comme un château de cartes. 36 décès ont été enregistrés et plusieurs personnes sont encore portée disparues.
Premières victimes françaises identifiée
Deux Français, employés d'une entreprise du Cantal spécialisée dans la conception de ponts, sont décédés lors du séisme en Haïti, selon la direction de l'entreprise. Il s'agit des deux premières victimes françaises formellement identifiées alors que plus d'un millier de Français se trouvaient à Port-au Prince.
91 ressortissants français, blessés ou choqués, ont été évacués de Port-au-Prince vers la Martinique. Une soixantaine de Français étaient toujours "activement" recherchés jeudi et 300 autres rassemblés, notamment à la résidence de l'ambassadeur à Port-au-Prince, selon le Quai d'Orsay, qui a mis deux numéros de téléphone d'urgence à la disposition des familles de personnes résidant en Haïti : 0810.006.330 ou le 01.45.50.34.60.
Des immeubles, des baraquements, des bidonvilles se sont écroulés sous la violence de la secousse. N'oublions pas les victimes anonymes dont les corps sans vie sont éparpillés dans les rues de la capitale surpeuplée du pays. Le séisme a affecté au moins deux millions d'enfants et d'adolescents, dont beaucoup ont été blessés et se retrouvent orphelins, a affirmé jeudi l'ONG britannique Save the Children.