Une importante poche d'eau de 65.000 mètres cubes, qui vient d'être détectée dans le glacier de « Tête-Rousse » dans le massif du Mont-Blanc, menace d'inonder la vallée de Saint-Gervais. Cette poche d'eau, qui est située à 75 mètres de profondeur, ne possède pas de purge naturelle et ne peut donc pas se vider sans intervention humaine.
Une anomalie détectée en 2007
Les glaciologues, qui ont réalisé depuis 2009 une vingtaine de forages à plus de 3.200 mètres d'altitude, ont conclu à l'existence d'une masse d'eau de 65.000 m3 située sous le glacier de Tête Rousse.
"Les poches d'eau situées sous les glaciers sont un phénomène assez rare et l'origine (de la poche du glacier du Mont-Blanc) reste encore inexpliquée " a souligné Christian Vincent, chercheur au CNRS.
Il a expliqué qu'une "anomalie" avait été détectée en 2007 avant d'être identifiée à l'aide de mesures par résonnance magnétique. "Le réchauffement climatique qui a diminué l'épaisseur du manteau neigeux situé sur le glacier" pourrait expliquer le phénomène, selon le glaciologue. "Moins protégé du froid l'hiver, le fond de la cavité se refroidit et ne permet pas à l'eau accumulée de s'évacuer naturellement" avance-t-il.
D'importants et périlleux travaux ont débuté
"Le risque de rupture existe mais son imminence nous reste inconnue" a dit mercredi le préfet de Haute Savoie, Jean-Luc Videlaine.
Pour éviter l'inondation de la vallée, l'Etat a débuté d'importants et périlleux travaux de sécurisation consistant à mettre en place des câbles reliés à un système d'alerte pour prévenir la population en cas d'explosion de la poche d'eau.
Des ouvriers tendent actuellement des câbles entre l'extrémité de la langue glaciaire et les sirènes situées dans la vallée de Saint-Gervais. Dans un deuxième temps (du 20 août et jusqu'en octobre) "des travaux de pompage vont commencer afin de prévenir tout risque de rupture" a annoncé le maire de Saint-Gervais. Une fois les travaux de sécurisation achevés, des pompes vont être immergées pour vidanger les 25.000 m3 d'eau situés dans l'unique cavité localisée avec précision. Les 40.000 m3 restant n'ont pu être précisément repérés.
Si la poche d'eau rompait, que se passerait-il ?
La poche d'eau pourrait s'écouler en 15 à 30 minutes dans la vallée et "près de 900 familles pourraient être concernées" s'inquiète Jean-Marc Peillex, jugeant nécessaire "d'informer la population de ce risque". Ce dernier a également déclaré : « Il ne faut pas se voiler la face, l'urbanisation et la fréquentation touristique du glacier rendent le risque bien plus important qu'en 1892".
C'est déjà arrivé !
En 1892, l'explosion d'une poche d'eau similaire à l'intérieur du glacier avait provoqué une "lave torrentielle". Selon les géologues, il s'agit d'un mélange d'eau, de graviers, de rocs, de terre et d'arbres qui s'était déversée dans la vallée, causant 175 morts.
"Si une rupture brutale devait avoir lieu, ce qu'il est impossible de déterminer précisément, les conséquences seraient dramatiques et sans doute bien plus graves que celles de 1892" a souligné le maire de Saint-Gervais, Jean-Marc Peillex.
"Nous ne savons pas depuis combien de temps existe cette poche d'eau, ni les raisons de sa formation. Elle peut d'ailleurs très bien rompre maintenant, dans 100 ans comme dans 1.000 ans, mais mieux vaut prévenir que guérir" a-t-il ajouté.