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23 juin 2010 -
10h17 :
Chlordécone : la bombe à retardement sanitaire aux Antilles
[ SANTE-GUADELOUPE-MARTINIQUE ]

Il va falloir malheureusement s'habituer a retenir ce nom : "Chlordécone". Sous cette appellation se cache  un pesticide agricole couramment utilisé dans la production bananière en Guadeloupe et Martinique entre 1972 et le milieu des années 90. Et les résultats d'une étude épidémiologique du CHU de Pointe-à-Pitre et l'Inserm confirment malheureusement les craintes sur la haute toxicité de ce produit.
Les hommes exposés au chlordécone, ont 80 % plus de risque de développer un cancer de la prostate.   Selon cette étude, réalisée de 2004 à 2007 sur la base d'un échantillon cas-témoins de 709 hommes ayant un cancer de la prostate et 723 indemnes de la maladie, "l'exposition au chlordécone est associée à un risque augmenté de survenue du cancer de la prostate", notamment chez les personnes possédant une "concentration en chlordécone supérieure à 1 microgramme par litre de sang". Cette concentration résulte beaucoup plus, selon les auteurs de l'étude, de la consommation de produits alimentaires contaminés que de la manipulation de la molécule elle-même par les ouvriers agricoles qui assuraient son épandage. "De la présomption d'innocence, on est passé à la présomption de culpabilité", affirme le professeur Pascal Blanchet (CHU de Pointe-à-Pitre et Université des Antilles-Guyane), coauteur de l'étude avec le Dr Luc Multigner (Inserm U625, Rennes et Pointe-à-Pitre).
 

Les bananeraies de Martinique

ici, une bananeraie en martinique 

Plusieurs siècles avant de disparaitre des sols

Selon leur étude, qui doit être publiée dans le Journal of clinical oncology, "l'exposition au chlordécone est associée à un risque augmenté de survenue de la maladie chez les patients ayant déclaré des antécédents familiaux de cancer de la prostate" ainsi que parmi des personnes, d'origine antillaise, "ayant résidé plus d'un an dans un pays industrialisé". Ce second facteur est lié, selon les auteurs de l'étude, au fait que "les migrations s'accompagnent d'un changement de l'environnement général se traduisant par des modifications du mode de vie et des habitudes alimentaires" qui engendreraient à leur tour "des conséquences sur la santé.
"La chlordécone pourrait expliquer" la très forte prévalence du cancer de la prostate aux Antilles françaises, "mais elle n'en est sûrement pas le facteur majeur d'explication (...) et l'étude ne peut pas répondre à la question de la quantification du risque"  précise le professeur Blanchet. Selon lui, "l'alimentation traditionnelle antillaise et, a priori, protectrice par rapport à certains cancers".
 Le chlordécone, un pesticide organochloré destiné à lutter contre le charançon du bananier, une chenille se nourrissant de ses racines, a été utilisé aux Antilles françaises bien après son interdiction en France métropolitaine, par dérogation ministérielle spéciale. Sa rémanence dans les sols contaminés est
de plusieurs siècles.
 


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