Après avoir été banni des thermomètres familiaux il y a maintenant une décennie, le mercure fait à nouveau l'actualité en France ! Selon une étude de France Nature Environnement, six sites industriels français, ayant bénéficié d'aménagements de calendrier au-delà des engagements internationaux, produisent encore du chlore à partir du mercure, substance particulièrement toxique. Marc Sénant, auteur de cette étude, explique : "L'engagement européen d'abandonner ce procédé a été reporté de dix ans, jusqu'à fin 2019, au lieu de la date initialement arrêtée de 2010 en dépit d'alternatives industrielles viables". "Alors qu'il y a un consensus scientifique sur la toxicité du mercure pour l'homme (...) plus de la moitié des installations françaises utilisent encore ce procédé moyenâgeux et rejettent du mercure dans la nature" a-t-il ajouté.
Ce taux est vingt fois supérieur au seuil de risque défini par l'Organisation mondiale de la Santé
Dans des relevés réalisés par France Nature Environnement, il est en effet noté que les niveaux de mercure dans l'air sont alarmants sur deux des sites visités : Arkema à Jarrie (Isère) et la Société des produits chimiques d'Harbonnières (Somme).
A Jarrie, situé en périphérie de Grenoble à proximité d'une école maternelle, les émissions culminent à 20.000 ng/m3 et un bruit de fond est supérieur à 300 ng/m3. A Harbonnières, la production de chlore est située au coeur des cultures agricoles. France Nature Environnement y a enregistré des taux de 400 à 600 nanogrammes/m3 tout au long de la mesure, avec des pics de rejets supérieurs à 1000 ng/m3.
"Ce taux est vingt fois supérieur au seuil de risque défini par l'Organisation mondiale de la Santé pour une exposition chronique et plus de cent fois au seuil préconisé par l'Agence américaine d'enregistrement des substances toxiques. Nous ne voulons pas donner de leçon mais lancer l'alerte" a souligné Marc Sénant.
France Nature Environnement réclame tout simplement le respect du calendrier européen qui programme leur fermeture en 2010. "Il faut revenir sur ce report de dix ans octroyé par la France aux industriels" pour la fin programmée du processus de fabrication du chlore à base de mercure.
Il n'y a pas de raison sanitaire ou environnementale de s'alarmer
Le ministère du Développement durable fait valoir que l'industrie du chlore n'est responsable que de 8 % environ (500 kilos) des 8 tonnes de mercure rejetées chaque année en France par les installations industrielles, en particulier les incinérateurs, la sidérurgie, les cimenteries ou les centrales thermiques au charbon. "Il n'y a pas de raison sanitaire ou environnementale de s'alarmer", assure un conseiller. "L'industrie du chlore a déjà divisé ses rejets de mercure par cinq depuis les années 90" fait-il valoir en jugeant les relevés de France Nature Environnement surprenants : "Nous mettons en doute la méthodologie". Après un accord conclu avec France Nature Environnement, il a donc été décidé qu'une nouvelle campagne de mesures cette fois-ci conjointe serait menée d'ici l'été prochain afin de confronter les résultats.
Le passage à une technologie sans mercure réclame des investissements lourds
Selon la circulaire du 20 avril 2007, l'industrie du chlore doit diminuer de 47% les rejets de mercure dans l'air d'ici 2010 par rapport à 2000 et de 25 % les rejets dans l'eau en 2015, par rapport à 2005.
"Ces objectifs globaux ont été déclinés pour chaque installation en fonction de son niveau de départ. On a tenu compte des efforts déjà entrepris" avoue le conseiller.
Les industriels rechignent à moderniser leurs usines car il est vraisemblable que le passage à une technologie sans mercure va réclamer des investissements lourds de plusieurs dizaines de millions d'euros. Il rappelle aussi que d'autres producteurs européens, comme l'Allemagne ou l'Italie, ne seront pas selon lui en mesure de tenir l'objectif zéro fixé pour 2010. Et le démantelement de ces usines peut être long car il faut aussi trouver une solution efficace pour supprimer les milliers de tonnes de mercure stockés.
Ces résultats sont en contradiction avec ses propres mesures
Dans un communiqué, la direction de la société Arkema a réagi après l'étude faite par France Nature Environnement : "Ces résultats sont en contradiction avec nos propres mesures et celles de l'ASCOPARG", le réseau local chargé de veiller à la qualité de l'air, qui a conduit une campagne de mesures sur dix-huit mois. mais dans un souci de totale transparence et avec la volonté de disposer d'éléments parfaitement objectifs" elle est favorable à la conduite d'une nouvelle campagne de prélèvements conjointe avec l'ensemble des protagonistes et sous la direction du ministère du développement durable".
Le saviez-vous ?
Le mercure est toxique pour l'homme et la nature car il peut contaminer l'eau, l'air et le sol. A haute dose, il peut provoquer des lésions au cerveau, à la moelle épinière, aux reins ou encore au foie.