Pour l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), il faut baisser certaines valeurs limites d'exposition en milieu professionnel (VLEP).
Concernant quatre substances (chrome hexavalent et ses composés, béryllium et ses composés, styrène et perchloroéthylène), l'agence propose de diminuer fortement les VLEP actuellement en vigueur pour diminuer l'exposition des travailleurs.
Concernant la substance -le 2-butoxyéthanol et son acétate- l'Agence vient compléter la VLEP en proposant une valeur limite biologique qui permettra de suivre l'exposition réelle des travailleurs.
Le chrome hexavalent et ses composés
Utilisés principalement dans la métallurgie pour les traitements de surface et pour la constitution de super alliages aéronautiques, ils sont des cancérogènes avérés pour l'Homme. D'après l'enquête Sumer (2003), 108 000 salariés seraient exposés à ces composés.
En cohérence avec les autres travaux menés à l'Anses dans le cadre du règlement Reach, l'Agence recommande que les utilisations du chrome hexavalent et de ses composés ne soient maintenues que si elles sont strictement nécessaires et qu'aucune substitution n'est envisageable.
L'Agence recommande, pour le chrome hexavalent et ses composés, la fixation d'une VLEP-8h de 1 μg.m-3 correspondant à la plus faible valeur quantifiable par les méthodes de mesure disponibles en milieu professionnel. Selon les calculs d'excès de risques sanitaires menés par l'Anses, cette valeur correspond à un risque de 1 cas de cancer pulmonaire supplémentaire pour 100 travailleurs exposés durant toute leur vie professionnelle.
Le béryllium et ses composés
Utilisés dans de nombreux secteurs d'activité tels que la métallurgie et l'aéronautique, ils sont des agents cancérogènes avérés pour l'Homme.
Dans ce contexte, l'Anses rappelle que la substitution doit rester la démarche prioritaire et que le principe ALARA (aussi bas que raisonnablement possible) doit être appliqué.
Les données disponibles ne permettent pas à ce jour de quantifier les risques cancérogènes associés à l'exposition à cette substance. Par ailleurs, l'Anses recommande de fixer une VLEP-8h à 0,01 μg.m-3 pour le béryllium et ses composés afin de prévenir de la bérylliose chronique et de l'effet sensibilisant.
L'Anses recommande également d'attribuer une mention «peau» car les conséquences d'une sensibilisation par contact cutané peuvent conduire à des pathologies immuno-allergiques préoccupantes et de surveiller les niveaux de contamination surfacique des postes et des équipements de travail afin de limiter les expositions cutanées.
Le styrène
Il est largement utilisé pour la fabrication de matières plastiques et de caoutchoucs. L'Anses propose de réduire de près de 50 % la valeur actuellement en vigueur, en recommandant une VLEP-8h à 100 mg.m-3 afin de prévenir d'éventuels effets neurotoxiques.
Elle préconise également la fixation d'une valeur limite court terme VLCT-15min à 200 mg.m-3 pour éviter les pics d'exposition susceptibles d'induire une irritation respiratoire. Elle souligne le risque associé à une exposition cutanée en recommandant d'attribuer une mention «peau».
Le perchloroéthylène (encore appelé tétrachloroéthylène)
C'est un solvant utilisé en particulier pour le nettoyage à sec des vêtements et pour le dégraissage des métaux. Sur la base des données disponibles, l'Anses estime qu'un effet cancérogène lié à une exposition à ce solvant ne peut être écarté.
Cependant, les données actuelles ne permettant pas d'établir une relation dose-effet en ce qui concerne la cancérogénicité, l'Anses recommande de fixer une VLEP-8h à 138 mg.m- pour prévenir les effets neurotoxiques et de fixer en complément une VLCT-15min à 275 mg.m-3 afin de limiter les effets des pics d'exposition.
Le 2-butoxyéthanol et son acétate
Ce sont des solvants utilisés principalement dans l'industrie du caoutchouc et des plastiques ainsi que dans le secteur de l'imprimerie. Pour ces deux éthers de glycol, l'Anses propose la fixation d'une valeur limite biologique pour les travailleurs. Cette valeur limite, reposant sur une concentration d'acide 2-butoxyacétique urinaire après hydrolyse de 100 mg.g-1 de créatinine en fin de poste, a pour objectif de vérifier les expositions par inhalation et contact cutané ; elle correspond à une exposition aux VLEP-8h précédemment recommandées5 par l'Agence.
Ces recommandations ont vocation à être discutées au sein des instances paritaires du ministère chargé du travail en vue de l'élaboration de valeurs limites réglementaires