Le Sénat a adopté mercredi (24 mars) une proposition de loi du groupe RDSE (à majorité radicaux de gauche) qui vise à suspendre la commercialisation des biberons produits à base de Bisphénol A. Une suspension qui est déjà effective dans plusieurs crèches françaises. Outre les biberons, cette molécule se trouve dans différents plastiques alimentaires.
Quel est l'avis de l'Afssa ?
L'Afssa (Agence de sécurité sanitaire des aliments) a récemment reconnu qu'il y avait dans des études des "signaux d'alerte" tandis que l'agence américaine de sécurité des aliments et des médicaments soutenait l'initiative des industriels américains de ne plus utiliser de BPA dans les récipients contenant des aliments pour bébés.
Cette proposition de loi doit encore être inscrite à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale pour pouvoir poursuivre son parcours parlementaire.
« Wait and see » pour Roselyne Bachelot
La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot a demandé mercredi aux sénateurs de "réfléchir à deux fois avant d'interdire". "Il est indispensable de fonder nos décisions sur des éléments objectifs, ce qui suppose de se donner un peu de temps pour réunir ces éléments" a-t-elle précisé. Selon elle, des études provenant notamment de l'Inserm et de l'Agence de sécurité sanitaire des aliments sont en cours.
"Aucun pays au monde n'a pris de mesure d'interdiction" selon M. Bachelot
La ministre a également soulevé la question des substituts au BPA qui entrent dans la fabrication de polycarbonate et de résines largement utilisés dans les contenants alimentaires. "Il ne faut pas interdire l'usage du BPA puisque les données concernant l'innocuité de ses substituts sont rares" a déclaré Mme Bachelot.
"Aucun pays au monde n'a pris de mesure d'interdiction" a-t-elle lancé. Elle a toutefois indiqué que son ministère étudiait "la possibilité de modifier par voie réglementaire la limite autorisée de migration du bisphénol A dans les aliments, actuellement fixée à 0,6 mg/kg d'aliment".
Des plastiques... à utiliser à bon escient
En revanche, elle a souhaité "diffuser largement certaines recommandations permettant de minimiser l'exposition quotidienne au BPA" comme "éviter le chauffage des contenants en plastique". "N'utilisons pas, pour le chauffage au micro-ondes, de récipients en plastique non prévus pour cet usage" a-t-elle recommandé. "Ne faisons pas chauffer nos aliments et nos boissons dans des récipients, y compris les biberons, en polycarbonate" a-t-elle ajouté. "Ne versons pas de boissons ou d'aliments très chauds dans les récipients, y compris les biberons, en polycarbonate", a-t-elle encore exhorté.
Des études alarmantes
L'auteur de la proposition de loi, le président du groupe RDSE, Yvon Collin, a souligné que "loin d'être rassurantes, les études scientifiques se suivent et n'en sont que plus alarmantes (...) démontrant le caractère urgent de passer du champ scientifique pour entrer dans la prise de décision responsable". "Nous n'avons pas le temps d'attendre les résultats de quelconques études supplémentaires, celles-ci sont déjà assez nombreuses pour appliquer le principe de précaution" a renchéri Patricia Schillinger.
Alain Millon (UMP) a estimé qu'il fallait "attendre des avis plus certains avant toute mesure radicale" mais avait jugé nécessaire de "recommander aux entreprises de vendre des produits sans BPA". "Devons-nous rester les bras ballants ?" s'est interrogé Jean Desessard (Verts) pointant "l'interdiction au Canada ou dans certains Etats américains des biberons au BPA ».