Face à l'épidémie de grippe porcine qui touche actuellement de nombreux pays du monde entier, la question d'un vaccin contre ce virus se pose.

Combien de temps avant d'avoir un vaccin contre la grippe porcine ?
Le professeur Bruno Lina, virologue français spécialiste de la grippe, estime que la fabrication d'un vaccin adapté à la souche de grippe porcine A/H1N1, un cocktail inédit de virus aviaire, humain et porcin, demanderait « entre 3 et 4 mois ».
Pascal Barollier porte-parole de Sanofi-Pasteur (division vaccins du groupe Sanofi-Aventis) confirme ce délai : « en théorie, dans le 4e mois suivant la communication de la souche on pourrait avoir les premières doses », tout en nuançant ce délai « à confirmer en fonction des caractéristiques de cette souche : si elle pousse bien en laboratoire notamment ».
« Pour l'heure, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) n'a pas demandé d'en fabriquer », précise Pascal Barollier. Ce que confirme le laboratoire Suisse Novartis « en contact avec l'OMS ».

Quels antiviraux existant actuellement pour lutter contre le virus ?
Le virus responsable des cas humains récents de grippe porcine aux Etats-Unis est sensible à deux antiviraux :
l'oselatmivir (commercialisé par le laboratoire Roche sous le nom de Tamiflu)
zanamivir (nom commercial : Relenza produit par le laboratoire britannique GlaxoSmithKline - GSK) qui se prend sous forme de poudre à inhaler.
Le
virus est en revanche, selon l'OMS, résistant à deux antiviraux plus anciens :
Faute d'information suffisante pour recommander un usage de ces antiviraux pour la grippe porcine, il revient aux cliniciens de décider au cas par cas, et en tenant compte du rapport bénéfice/risque pour le patient, d'après le site de l'OMS.
Toutefois, selon Roche, pour être efficace, le Tamiflu doit être pris au plus tard 48 heures après l'apparition des premiers symptômes.

Et le vaccin contre la grippe « classique » ?
Pour Sylvie van der Werf, de l'Institut Pasteur, « le virus qui circule au Mexique et aux Etats-Unis est une combinaison inédite qui n'avait jamais été observée », expliquant que « ce n'est pas le fait que le virus comporte des éléments tripartites (humain, aviaire, porcin) qui est inédit, mais la combinaison » qui en résulte.
« C'est un virus nouveau contre lequel l'ensemble de l'humanité n'a pas d'immunité », souligne-t-elle.
En conséquence, « le vaccin humain contre la grippe saisonnière n'a aucune raison a priori d'être efficace significativement, car les virus sont trop différents », ajoute le Pr. van der Werf.
Malgré tout, elle souligne que « la vaccination contre la grippe saisonnière dans les pays qui entrent dans l'hiver (Argentine, Chili...) permettrait de réduire l'incidence des cas de grippe classique et ainsi de mieux surveiller d'éventuels cas de grippe porcine ».

Les laboratoires se tiennent prêts
Le laboratoire P4 Jean Mérieux de Lyon, qui est le centre français spécialisé dans les virus les plus pathogènes, déclare que ses équipes se « tenaient prêtes » en cas de pandémie de grippe porcine.
« Si nous sommes sollicités, une vingtaine de chercheurs du laboratoire seraient amenés à procéder à une caractérisation fine du virus et à faire des tests précliniques d'efficacité de vaccins et de molécules antivirales », affirme le directeur adjoint du laboratoire P4, Hervé Raoul.
« Pour pouvoir agir, nous attendons aujourd'hui le feu vert de la direction générale de la Santé » (DGS), souligne le responsable du laboratoire, en contact avec l'Institut de veille sanitaire et les centres nationaux de référence (CNR) de la grippe.
Pour plus d'informations sur la grippe porcine, cliquez ici.