Le transport aérien devra se tourner vers des carburants alternatifs face à la raréfaction des carburants classiques et à la lutte contre le réchauffement climatique, mais des experts ont récemment estimé que la biomasse traditionnelle n'y suffirait pas.
A la suite d'une étude européenne sur "les carburants alternatifs pour l'aviation", des spécialistes ont examiné les voies s'ouvrant à ce secteur pour respecter les objectifs environnementaux qui leur ont été fixés à l'horizon 2050.
A ce jour, deux voies sont suivies dans les recherches sur les biocarburants pour l'aviation, qui nécessite un carburant acceptant des températures très basses pour ne pas geler, et s'adaptant aux moteurs actuels :
l'utilisation des huiles végétales (colza, jatropha) et les carburants issus de la biomasse (bois, paille de céréales).
"La production de biomasse ne peut pas se développer à une vitesse suffisante"
Une évaluation de la disponibilité de la biomasse traditionnelle montre que l'effort réclamé pour fournir les carburants nécessaires serait trop important en l'état actuel des capacités potentielles. "Quand l'industrie aéronautique affiche un objectif de réduction de 50 % des émissions de CO2 en 2050 par rapport à 2005, je ne pense pas que ce soit réaliste" avec la biomasse utilisée actuellement, a estimé Philippe Novelli, chercheur à l'Onera.
"On pense que cet objectif n'est pas atteignable en l'état actuel de la technologie (et) "parce que la production de biomasse ne peut pas se développer à une vitesse suffisante" a-t-il expliqué.
Il a également ajouté : "Même si l'on pense que les choses ne peuvent pas aller trop vite, il ne faut pas attendre". "Si on veut générer des progrès, prendre de l'expérience, initier le développement de la biomasse, il faut démarrer" a-t-il affirmé en préconisant de "pousser les recherches sur des voies qui permettraient d'améliorer efficacité et rendements, et sur des nouvelles voies de production de biomasse".
Les recherches sur les carburants alternatifs intéressent particulièrement le secteur aéronautique, très sensible à la raréfaction des carburants fossiles : le prix du kérosène a représenté en 2008 jusqu'à 30 % des coûts d'exploitation des compagnies aériennes.
Par ailleurs, si l'aviation ne représente aujourd'hui qu'environ 2,5 % des émissions des gaz à effet de serre, le trafic va continuer à croître, augmentant les émissions de gaz à effet de serre des compagnies alors qu'elles sont tenues de les diminuer.
Des biocarburants, mélangés à du kérosène, ont déjà été utilisés à titre d'essai par des compagnies comme Air Japan et Air New Zealand. Quant à la compagnie aérienne allemande Lufthansa, elle opèrera dès avril une ligne régulière avec un Airbus A321, dont un réacteur sera alimenté pour 50 % par du carburant biosynthétique à base d'huiles végétales.