Selon une enquête du Centre national du livre (CNL), confiée à Ipsos-MediaCT et présentée lundi au Salon du Livre de Paris : un tiers des Français se disent prêts à lire un roman sur écran, à condition que le confort de lecture soit amélioré et que le prix du livre numérique soit nettement inférieur à sa version papier. Une nouveauté technologique qui arrive donc à grands pas et qui pourrait empièter sensiblement sur le livre traditionnel papier. Ce fameux livre électronique serait même écologique car sa fabrication ne nécessite pas de bois (pour fabriquer du papier) et donc pas de déforestation. Selon Les Amis de la Terre, association de protection de l'Homme et de l'environnement, ce raisonnement est une erreur majeure. Le livre électronique pourrait s'annoncer comme un danger écologique. Nous vous proposons de retrouver les explications des "Amis de la Terre" ...
Pas de papier, mais des minerais rares dont l'extraction détruit aussi des forêts
Le livre électronique fait partie de la grande famille des produits de haute technologie qui, comme l'ordinateur ou les téléphones mobiles, sont censés assurer une «croissance verte» et une dématérialisation des échanges.
Plus de papier, plus de déforestation ?
«Trop simpliste» explique Sylvain Angerand, chargé de campagne Forêt aux Amis de la Terre France : «Les produits technologiques nécessitent l'extraction de minerais précieux comme le coltan, le lithium ou les terres rares pour accroître la durée de vie des batteries, augmenter leur rapidité ou pousser la miniaturisation à l'extrême. Or l'exploitation minière est une cause majeure de déforestation, et plus généralement de destruction des écosystèmes».
En République Démocratique du Congo, l'extraction du coltan (colombo-tantalite), utilisé dans la fabrication des condensateurs, alimente les conflits armés et entraîne une déforestation importante. Ces minerais rares sont à l'origine de tensions géopolitiques croissantes qui pourraient déboucher sur des guerres pour en contrôler l'accès.
Une faible consommation d'énergie à l'utilisation individuelle, mais un gouffre lors de la fabrication
Le livre électronique consommerait peu d'énergie à l'usage et serait donc écologique. C'est sans compter l' «effet rebond» : plus ce type de produit se généralise, plus le secteur pèse globalement sur la demande en électricité, malgré les faibles consommations de chacun.
La fabrication de ces objets est un gouffre énergétique
D'après le cabinet Carbone 4, il faudrait une quinzaine d'années d'utilisation pour amortir le bilan carbone d'un livre électronique. Or, comme le précise Annelaure Wittmann, référente de la campagne «déchets» : «ces produits sont conçus pour être jetés au bout de quelques années, voire de quelques mois, pour justifier l'achat d'un nouveau produit toujours plus performant. Par exemple, la batterie de l'IPad n'est pas détachable : si l'alimentation électrique tombe en panne, le produit est bon pour la poubelle ! »
Développer le livre en papier recyclé
La surconsommation de papier a de nombreuses conséquences écologiques et sociales dans les pays du Sud. C'est pourquoi les Amis de la Terre animent une campagne pour la réduction de la consommation de papier. Annelaure Wittmann a toutefois indiqué : « Il ne faut pas se tromper de cible.
L'enjeu prioritaire est la réduction des imprimés publicitaires et du suremballage. Le livre papier est un outil de démocratisation de la lecture et d'accès au savoir, longtemps réutilisable sans frais et accessible à tous, contrairement au livre électronique qui coûte plusieurs centaines d'euros ».
Que faire pour réduire l'impact environnemental ?
Si les éditeurs veulent réduire l'impact environnemental de leurs produits, les Amis de la Terre les invitent plutôt à développer le livre en papier recyclé, dont la fabrication nécessite moins d'eau et moins de bois que le papier issu de fibres vierges.
Et ce d'autant plus que les deux principaux systèmes de certification des fibres vierges (PEFC et FSC) sont actuellement impliqués dans de nombreux scandales écologiques et sociaux.
Les Amis de la Terre rappellent également que le plaisir de lire ne peut être réduit à la consommation de produits neufs : il importe de maintenir l'activité de prêt des ouvrages papier par des bibliothèques et de soutenir le réemploi des livres (bouquinistes, Emmaüs...).